La belle Magdalena Kozena nous offre (avec le bouillant Reinhard Goebel, en la belle compagnie de son fidèle Musica Antiqua Köln, aux couleurs chaudes et rondes - très beaux vents et superbes cordes) un très beau récital dévoué aux Lamenti de compositeurs baroques. Sa voix, très souple, assez monochrome, mais d'une justesse et d'une musicalité exquise, et même franchement exceptionnelle dans les vocalises (Alleluia de Conti) est plus en situation ici que dans d'autres rôles, où sa voix manquait de caractère (Lucrezia par exemple) Le Lamento de Johann Christoph Bach qui débute le récital est très réussi, de même que la cantate Languet Anima Mea de Conti, où elle ajoute à son incarnation une vibrante incandescence. Les cantates de Johann Sebastian Bach sont un peu plus problématiques : la qualité du chant est toujours aussi flagrante, mais la monochromie de la voix l'est aussi. Du coup, les airs se suivent et se ressemblent, même si la beauté de la voix ne cesse d'enchanter. Il faut dire que Reinhard Goebel presse un rien le mouvement (la cantate BWV 170 est "expédiée" en 18' contre 23' avec Herreweghe et autres chefs) Du coup, la respiration des airs se fait moins naturelle et moins éloquente qu'elle aurait pu l'être à des tempos moins rapides. Mais comment ne pas admirer cette voix, ne faillissant jamais devant son impitoyable accompagnateur ? La cantate achevant le programme est de Johann Christoph Friedrich Bach. Elle n'est pas la pièce la plus intéressante du programe, mais son interprétation est enthousiasmante, avec un très beau dernier mouvement, où la voix de Kozena se fait plus que jamais émouvante, signe que la belle chanteuse sait aussi être une Très Grande Chanteuse. Un beau récital !