En 2002, après un premier album plaqué dinfluences sixties mal digérées, les Anglais surdoués de The Coral , moyenne dâge entre 19 et 22 ans, décrochaient les félicitations du jury. Un an plus tard, les 6 garçons de Liverpool, spécialisés en tous genres, recyclent toujours avec habileté (comme un banal groupe de baloche) mais ont aussi appris à transformer leur savoir-faire en mélodies imparables. Écrites par James Skelly, chanteur à la voix de Rocky Erickson, 'Don't Think You're The First' (référencée Ennio Morricone) et 'Pass It On' rappellent les pépites ouvragées de Gram Parsons. Si ces faiseurs de pop sèment parfois la confusion à force de multiplier les gimmicks stéréotypés 'Gypsy Market Blues' ou 'Confessions', ils excellent quand ils brident leur inspiration autour dun orgue 'In The Forest', dun violon et dun piano 'Milkwood Blues'. Le collectif épaulé du producteur à lunettes Ian Broudie a su trouver son propre style entre country rock, bossa nova, blues, rock, psychédélique, bluegrass, folk ('Liezah' et 'Careless Hands') ou Tamla Motown ('Bill McCai')...
--Sabrina Silamo
Un deuxième album de The Coral tout à fait dans la droite lignée du premier, d'une longueur équivalente (et avec une pochette tout aussi moche, à vrai dire) : en fait, il lui est même supérieur, tant l'écriture de James Skelly y est plus maîtrisée, plus affûtée.
La fantaisie, l'inventivité du groupe sont toujours là, mais plus matures et contrôlées, comme sur
« Don't Think You're The First » (où on distingue même une flûte dans le mix) ou la belle ballade
« Liezah », mais on sent poindre aussi une certaine mélancolie, peut-être annonciatrice d'évènements à venir, pas toujours agréables (
« Pass It On »).
Grâce à la science affirmée de The Coral et à ses influences bien digérées, le vieil idiome des douze mesures revient aussi à la mode, avec
« Talkin' Gypsy Market Blues » (et son titre à la Bob Dylan) et le délire de
« Milkwood Blues », qui renvoie (pour le meilleur) au Jefferson Airplance de
Volunteers, le cintré
« Eskimo Lament » sonnant quant à lui comme du Captain Beefheart « poppisé » ou du Pink Floyd période
« Jugband Blues ».
Le blues-rock semble même avoir alors supplanté le ska dans les choix artistiques de Skelly et son acolyte Nick Power (principal compositeur après lui), une décision risquée mais qui atteint son but, le guitariste Billy Ryder-Jones ayant encore droit à quelques compositions qui soutiennent la comparaison avec celles du binôme. Et le final reste somptueux, avec ce
« All Of Our Love » épique, bourré de cuivres et avec une partie de guitare aventureuse, presque à la Duane Allman.
Et grâce à une chanson comme
« Secret Kiss », le garage sixties commencera à titiller les tympans des fans de The Coral, qui, curieux, iront chercher à la source, brancheront leur PC, téléchargeront, prendront des instruments et (pourquoi pas ?) iront fonder leur propre groupe, comme peut en témoigner chez nous toute la scène du Gibus ou presque.
Que cette musique fraîche et débordante de sève et d'ambition mais en même temps si précise et contrôlée soit l'oeuvre de garçons alors à peine entrés dans la vingtaine laisse assez admiratif, et même le plus blasé des amateurs.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story