...lit-on page 47 du magazine Diapason de décembre 2010, dans le dossier consacré à Mahler, qui désigne cet enregistrement d'octobre-novembre 1980 comme le choix prioritaire dans la discographie de la Symphonie n°8.
Incontestablement : un chef qui ose se mesurer à l'imperscrutable polyrythmie de la Symphonie n°4 de Charles Ives, aux plantureux "Gurre-Lieder", à l'opéra-fleuve "Saint François d'Assise" de Messiaen n'est pas rebuté par le gigantisme ni la complexité structurelle.
Dans la Scène de Faust, j'apprécie ici la justesse et la fluidité du tempo, la nuance des éclairages. Une douce chaleur romantise l'atmosphère pour nous conter avec tendresse quelque légende merveilleuse. Ecoutez la délicat phrasé des flûtes (plage 5, 4'48) qui mène vers le Finale... Une subtilité digne des contes de "Ma mère l'Oye", qui nous rappelle le talent ravélien du chef nippon.
Le ton mielleux du Boston boy choir (plage 4, 10'26, "er uberwächst uns schon") s'accorde à une telle lumineuse approche.
Pour les solistes vocaux, tous les membres du plateau féminin faisaient leur début sous étiquette Philips.
Kenneth Riegel ne découvrait pas l'oeuvre. Il l'avait déjà enregistrée en concert à Vienne avec Bernstein en août et septembre 1975 (DG). Il défendra le même rôle du Dr Marianus avec Eliahu Inbal en octobre 1986 (dans le cadre de l'intégrale Denon), et à Londres avec Klaus Tennstedt, filmé en janvier 1991 (Emi). Un habitué...
Comme souvent, il en fait beaucoup dans le vaillant registre de Heldentenor. Son timbre pincé et intrusif s'admire ou agace.
Le "Bei der Liebe" de Faye Robinson n'est pas le plus gracieux que j'aie entendu... Toutefois, la fine complexion de son trio "Die du grossen Sünderinnen" avec Florence Quivar et Lorna Myers (7'53, plage 4) s'entend harmonieusement tégumenté.
Lentement organisé, le chorus mysticus ("alles vergängliche") s'élève ici à un sentiment de pure sérénité.
Précise, mobile, lubrifiée, énergique : l'interprétation de la première partie cumule les qualités cinétiques et dynamiques pour ne pas transformer cet hymne en agrégat monolithique.
La perspective sonore se montre ample mais bien focalisée.
L'accélération (trop précoce, trop ostensible ?) à 11'49 prépare l'irruption du "accende lumen sensibus" (12'08) : implacable discipline, impressionnante intelligibilité au regard des effectifs en jeu ! Fulgurant Tanglewood Festival Chorus !
Contrairement à un Bernstein, Ozawa maintient inflexiblement le tempo jusqu'aux mots « veni creator spiritus » clamés à 16'30, puis préserve une tension sous-jacente jusqu'au "Gloria patri Domino" (21'00) dont les rouages fugués s'engrènent un peu mécaniquement sous cette baguette.
On ne peut qu'applaudir à pareille sagacité, pareille capacité d'élucidation d'une architecture si touffue, qui semble ici tellement transparente. Eblouissant !
Projection chorale et orchestrale : magnifique, ardent. Mais au prix d'un rayonnement spirituel qu'on souhaiterait moins calculé ? Voilà juste une question, un peu odieuse certes, et nullement un reproche.
Les couleurs instrumentales sont chaleureuses, mais aussi un peu métallisées, comme parfois pour les tous premiers enregistrements numériques DDD.
Le livret inclut un commentaire de présentation ainsi que le texte des chants, traduits en Français.
Le découpage en plages n'est pas commode : une seule pour le CD1, six pour le CD2.