...que les autres enregistrements de l'intégrale mahlérienne de Riccardo Chailly : intelligence de l'architecture, subtilité du discours, harmonie des proportions, solidité de la construction assise sur une prudente clarté rythmique. Et appelle peut-être les mêmes réserves : manque de spontanéité dramatique, un certain détachement émotionnel ; impression qui n'est pas seulement liée au recul de la prise de son.
Cette rigueur du ton convient parfaitement à la solennité de l'Allegro maestoso, méticuleusement organisée, lucidement gérée jusque dans les climax exemplairement amenés et construits : non pas éruption, mais comme des montagnes qui surgissent majestueusement dans le paysage.
Dirigé fort sérieusement, l'Andante peine à sourire voire s'embarrasse d'une pudeur inamovible. La maîtrise rythmique du maestro italien déroule avec une imperturbable assurance le flux du "In ruhig fliessender Bewegung", révélant sa capacité à tenir un tempo tout en l'habitant en profondeur : le prêche de Saint Antoine se trouve gravé dans un marbre qu'on n'avait guère entendu si doxologique depuis la version de Klemperer / Philharmonia (Emi).
Pour spatialiser les scènes d'apocalypse du Finale, l'ample acoustique du Concertgebouw est un atout. Les effets d'écho y sont poétiquement exprimés, mais la dynamique des fortissimo semble trop compressée par le mixage sonore qui laisse désirer densité, transparence et ouverture. L'orchestre amstellodamois, sa richesse de timbres instrumentaux, ne sont pas restitués dans toute leur plénitude. Le relief s'estompe, et c'est dommage car le choeur de Prague anime la Résurrection avec une ardeur convaincue.
Le potentiel évocateur est indéniable, mais ne méritait-il pas une captation plus consistante ?