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27 internautes sur 32 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Un must,
Par Savinien (Liège, Belgique) - Voir tous mes commentaires (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR) (TOP 10 COMMENTATEURS)
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Mahler : Symphonies n° 2, 4, 7, 9 - Le chant de la terre, Lieder (CD)
Jusqu'en 1960, Mahler était boudé par la plupart des grands chefs d'orchestre. Seuls de grands noms comme Bruno Walter ou Otto Klemperer, disciples du compositeur, s'étaient réellement emparés de son oeuvre (sans oublier Mengelberg ou encore Mitropoulos, comme le fait justement remarquer Denis Urval). Ensuite viendra l'impulsion de Bernstein, puis les Karajan, Solti, Kubelik, Haitink, et autres Kondrashin. C'est en 1905 que Klemperer rencontre pour la première fois Gustav Mahler, à l'occasion d'une répétition de la 2ème Symphonie. C'est grâce au compositeur qu'il obtiendra ensuite ses deux premiers postes de chef d'orchestre (d'abord à Prague en 1907, puis à Hambourg en 1910). Klemperer n'aura de cesse sa vie durant de défendre l'oeuvre de Mahler, et il le fera de la meilleure façon qui puisse être.EMI nous propose ici de retrouver, regroupé pour la première fois et en coffret économique, le leg studio réalisé dans les années soixante, au Kingsway Hall de Londres. Klemperer y dirige le Philharmonia Orchestra (et Choeurs) dans des enregistrements qui sont tous autant de jalons dans l'histoire du disque mahlérien. * Symphonie n°2 en ut mineur "Resurrection", captée en novembre 1961 et mars 1962, avec Elisabeth Schwarzkopf et Hilde Rossl-Majdan. Depuis sa publication (et la rencontre avec Mahler), Klemperer a dirigé un grand nombre de fois cette symphonie, et il en existe de nombreux enregistrements (outre cette version studio, signalons deux live : la version Decca au Concertgebouw d'Amsterdam en 1951 avec Ferrier et Vincent, et la version de 1965 à Munich avec l'Orchestre de la Radio de Bavière, Harper et Baker). Cette captation s'inscrit certainement en pilier majeur de la discographie; la qualité des solistes et des magnifiques choeurs n'y est en outre pas étrangère. Un modèle monumental d'équilibre sonore, mais aussi de poésie et d'architecture solennelle, un Mahler sévère et rigoureux, implacable et intense, comme une rampe vers l'éternité. * Symphonie n°4 en sol majeur, captée en avril 1961, toujours avec Elisabeth Schwarzkopf. Certes la concurrence est énorme dans cette symphonie, mais ce Mahler interpelle par sa rigueur et son articulation, de l'atmosphère onirique et enfantine du premier mouvement jusqu'à la religiosité céleste du finale, en passant par la mélancolie passagèrement ensoleillée du second mouvement et la sérénité neurasthénique de l'adagio (lequel n'est d'ailleurs pas si lent que ce que l'on pourrait attendre sous cette baguette). Le Philharmonia est à son habitude superbe, et Schwarzkopf se montre à la fois raffinée et d'une grande éloquence, même s'il lui manque le grain d'innocence naturelle requis pour cette vision du paradis à travers des yeux d'enfant. * Symphonie n°7 en mi mineur, captée en 1968, et disparue de la discographie au grand dam des amateurs (on appréciera d'autant sa réédition !). Soixante ans avant cet enregistrement, à Prague, Klemperer (tout comme Walter) assistait aux répétitions du maitre avant la première. Oeuvre complexe aux multiples facettes, ce Chant de la Nuit est sans doute la symphonie la moins comprise de Mahler. Dans une lecture à la fois puissante et monumentale, Klemperer y déploie plus que jamais sa science de la dissolution de tempo (particulièrement dans les deux nocturnes). Certains abhorreront cette lenteur sidérante, mais le plus sidérant est surtout que Klemperer parvienne miraculeusement à soutenir une telle tension sans jamais rompre le fil ! C'est bien d'un tour de force qu'il sagit, pour faire tenir debout ce colossal édifice de 100 minutes (alors qu'ailleurs la durée est généralement inférieure à 80 minutes). Une version magnifique et totalement hors norme, une vision, démesurée et insondable, qui forme le testament mahlérien de Klemperer (en studio). * Symphonie n°9 en ré mineur, captée du 15 au 24 février 1967. C'est au crépuscule de sa vie que Klemperer enregistre enfin la neuvième symphonie, cet hymne au monde et à la vie, qui poursuit la tendance du Chant de la Terre. Il s'y montre égal à lui-même, se focalisant sur le texte en l'éclairant d'une lumière matte et froide : une vision mentale, sévère et rigoureuse, un refus radical du pathos et de l'exaltation. L'impact produit par cette vision n'en est encore que plus grand : c'est par l'objectivité que naitra l'indicible dimension émotionnelle. Un univers mahlérien dans toute sa splendeur vitrifiée, sans emphase ni sentimentalisme, détaillé, équilibré, à la fois retenu et puissamment engagé. Une neuvième faite de marbre et de granit, sortie du néant pour y replonger, après avoir parcouru une route taillée pour des géants. * Das Lied von der Erde, capté en février 1964 (au Kingsway Hall, puis en novembre 1964 et juillet 1966 à l'Abbey Road Studio), avec Christa Ludwig et Fritz Wunderlich. Le Chant de la Terre représente la quintessence des thèmes et de l'art mahlériens; la fusion du lieder et de la symphonie, dans une ode à la nature et à la paix intérieure, une forme d'aboutissement poignant de la consolation dans la douleur. La maîtrise orchestrale y est de toute beauté, et convient à merveille à la direction précise, contrôlée et parfaitement équilibrée de Klemperer. Au-delà de cette réussite orchestrale magistrale (et sans doute inégalée), cet enregistrement constitue également une totale réussite vocale. Fritz Wunderlich y est incomparable de fraicheur solaire, et Christa Ludwig insurpassable de grandeur. Une version cultissime, depuis toujours considérée comme le sommet absolu de la discographie (avec l'autre version légendaire signée Bruno Walter, au demeurant très différente). * 5 Lieder (3 des Rückert-Lieder, et 2 extraits de Des Knaben Wunderhorn) captés en février 1964, avec Christa Ludwig. Les liens qui unissent les lieders avec orchestre de Mahler et ses Symphonies est évident : rarement symphonies auront été autant lieder, et lieder autant symphoniques. Enregistrée à l'époque du Chant de la Terre, la grande Christa Ludwig y est tout aussi souveraine, d'un lyrisme et d'une beauté vocale fascinante, dans une interprétation d'une évidence totale. Aujourd'hui, la vision mahlérienne de Klemperer trouve certains détracteurs; on lui reproche quelquefois son monumentalisme et ses tempos étirés, et si on ne peut lui dénier l'étiquette de référence historique, on le considère pourtant parfois comme passé de mode. Ces enregistrements lui rendent justice : ce sont là des sommets incontournables de la discographie; un must, définitivement indémodable, pour tout amateur mahlérien. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
9 internautes sur 11 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Otto Klemperer compte parmi les historiques chefs mahlériens,
Par Mélomaniac (France) - Voir tous mes commentaires (#1 CRITIQUE au Tableau d'HONNEUR) (COMMENTATEUR N° 1)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mahler : Symphonies n° 2, 4, 7, 9 - Le chant de la terre, Lieder (CD)
Son tout premier concert (Hambourg, 1912) incluait déjà la Symphonie n°4.Le présent coffret regroupe l'ensemble des enregistrements qu'il réalisa à la fin de sa carrière pour le label Columbia, entre avril 1961 et septembre 1968. On reconnaît dans ces interprétations quelques fondamentales caractéristiques de ce maestro : envergure de la perspective, hauteur des idées, conviction granitique, sévérité du ton, tempos étendus (voire distendus). Aussi une intimidante cohésion structurelle qui agrège le discours sans besoin du ciment de l'émotivité. Il fallait un orchestre aussi robuste, aussi discipliné que le Philharmonia pour étayer de telles architectures quand elles sont écartelées par une tension agogique souvent insoutenable. Une telle grandeur hiératique au meilleur épouse un sentiment d'éternité, au pire frôle l'impavidité. Certains de ces témoignages jouissent d'une suprématie difficilement contestable. Ainsi cette exécution dure, acerbe, oraculaire du "Chant de la Terre", avec un duo vocal (Christa Ludwig et Fritz Wunderlich) proche de la perfection. Autant la précédente captation amstellodamoise de la "Résurrection" remuait les montagnes, autant la présente version anglaise subsume l'élan dramatique à la démonstration doxologique, figée dans une inébranlable vérité. Le choeur manque un peu d'envolée, mais le colossal poids de fantasmagorie que Klemperer arque boute dans le Scherzo, les moments de contemplation intemporelle qu'il débusque tout au long du Finale prodiguent autant de moments d'anthologie. On trouvera sans peine des lectures plus souriantes de la "Quatrième", mais peu d'une telle clarté polyphonique, magistralement articulée. Le monde de l'enfance enferré dans un corset d'airain : voilà qui déniaise la délicieuse candeur du "Knaben Wunderhorn" (et comment Elizabeth Schwarzkopf sophistique le Lied) ! On savourera toutefois l'étreignante plainte du hautboïste britannique dans le "Ruhevoll", un des plus beaux solos qu'on ait entendu dans cette oeuvre. L'approche de la "Septième" reste problématique, voire critiquable, tant cette férule pétrifie le "Chant de la Nuit" dans un inamovible carcan rythmique. « Des tempos traînants sapent la vitalité de cette musique » fustigeait Lewis Smoley dans son analyse. Quant à la "Neuvième", le Guide Fayard des Indispensables du CD y regrettait que le conclusif Adagio paraisse « dispersé par une conception séquentielle qui nuit au lyrisme expressif des dernières pages ». L'austère esthétique défendue par Klemperer semble tantôt moderniste (ouvrant des pistes à la Seconde Ecole de Vienne) tantôt lugubre et déshumanisée. Une sorte d'exil transcendé. Maintenant, comment évaluer cet album ? La Symphonie n°2, le "Lied von der Erde" restent des trésors hors cote qui à eux seuls justifient la valeur de cet album et l'attrait de cette réédition. Le reste, on l'écoutera en mélomane averti... En tout état de cause, surtout à ce prix d'aubaine, la découverte s'offre à tous. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
11 internautes sur 15 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
un coffret bienvenu,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mahler : Symphonies n° 2, 4, 7, 9 - Le chant de la terre, Lieder (CD)
Ce coffret réunit (enfin !) les enregistrements mahlériens en studio produits par EMI (qui a par ailleurs édité un enregistrement de la deuxième symphonie en concert) d'Otto Klemperer.Ce qui signifie que, pour la première fois depuis une vingtaine d'années, la Septième est disponible commercialement : un genre d'événement. Une Septième anguleuse, froide, lentement décortiquée : une objectivité produisant un indéniable effet de cruauté. Le seul précurseur de la version si personnelle de Boulez ? La Deuxième, remarquable, n'est pas ma préférée de Klemperer, mais j'ai découvert cette aeuvre par le concert du même chef à Amsterdam, ce qui me conditionne sans doute. Je n'hésiterai pas à prendre la défense de la Quatrième. Certes, les inflexions viennoises (en forme de plissement des genoux) n'y sont pas ; certes, l'approche est architecturale, donc statique. Mais comme dans la Grande de Schubert, je trouve que cela permet une aération qui permet de retrouver pr d'autres moyens la légèreté que d'aucuns pleurent. Schwarzkopf n'est pas la fraîcheur incarnée, mais cette symphonie ne se résume pas au lied final. J'ai dit ailleurs le bien que je pense du Chant de la terre, pour moi le meilleur, assez loin devant tous les autres, un des plus grands enregistrements de musique classique. La Neuvième est sévère, carrée, minérale, impersonnelle. Une approche partielle mais indispensable. C'est l'occasion de rappeler l'ambivalence des premiers chefs mahlériens de l'histoire du disque, c'est à dire les plus jeunes contemporains du compositeur : militants mais (très) sélectifs. Walter et Klemperer se limitaient à la Deuxième, la Quatrième, le Chant de la terre et la Neuvième. Plus la Première et un enregistrement de la Cinquième pour Walter, et pour Klemperer cette fameuse Septième. Leur statut de mahlériens nous apparaît nécessairement dans une perspective particulière, à une époque aux yeux de laquelle le caeur de l'aeuvre réside dans la trilogie médiane (cinquième, sixième, septième). (Une autre remise en perspective : on conseillera à ceux que cela intéresse de consulter la liste des programmes des concerts de Furtwängler avec le Gewandhausorchester, les trois premières symphonies de Mahler y reviennent régulièrement - alors que Walter et Klemperer ne touchaient pas à la troisième.) Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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