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14 internautes sur 16 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Pour ouvrir les yeux sur ce que l'on consomme,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mainstream (Broché)
Frédéric Martel, chercheur et journaliste reconnu, travaillant à HEC et à Radio France, livre avec « Mainstream » une formidable enquête sur la culture de masse actuelle.Etant moi-même très forte consommatrice de cette culture, j'ai pris un grand plaisir à dévorer cette enquête (cela relève plus de l'enquête journalistique que d'un essai à la Hannah Arendt) pour comprendre les rouages et les acteurs de cette culture. Sur près de 450 pages, on parcourt la culture de masse dans le monde entier, de Hollywood à la République Tchèque, du Cameroun à l'Indonésie. Le chapitre introductif n'est pas le plus facile du livre, mais ensuite les chapitres se lisent très facilement, à la manière d'un article de news magazine (type « l'Express » ou « le Nouvel Observateur »), la profondeur (il n'est pas contraint de s'arrêter au bout de deux pages) et l'humour et la prise de position ouverte en plus. Chaque chapitre est consacré à un pays ou une industrie en particulier (excepté bien sûr les Etats-Unis qui ont droits à plusieurs chapitres). Frédéric Martel rencontre aussi bien quelques acteurs asiatiques débutants que les « géants » d'Hollywood tels Jeffrey Katzenberg (le « K » du studio « Dreamworks SKG »). On découvre que les Etats-Unis ne font pas des films pour leur marché, mais pour le monde entier, ce qui nécessite d'avoir un calendrier de sorties au cordeau : les sorties mondiales doivent se faire rapidement pour atténuer le piratage, en tenant compte des facteurs locaux (tel pays se rue sur les films pendant la saint Valentin, tels autres ne vont guère au cinéma pendant le ramadan...). Les films sont segmentés en +/- de 25 ans et en sexe notamment. Comme les filles acceptent de suivre les garçons au cinéma, et pas l'inverse, ceci explique pourquoi il y a beaucoup plus de films d'action à destination des jeunes hommes que de films à destination des jeunes filles. A contre courant, on comprend que les Etats Unis ne considèrent pas les biens culturels comme des biens marchands classiques. Ils disposent de lobbies et de syndicats extrêmement puissants et d'entreprises efficaces, « aspirateurs » de talents pour le monde entier. Contrairement à l'Europe qui met la Culture sur un piédestal, les Etats-Unis misent plus sur le marketing et le buzz (pour ne pas dire bouche-à-oreille orchestré) que sur les critiques spécialisées. Une journaliste du « Miami Herald » déclare d'ailleurs qu'elle est en charge de l'immobilier et de l'entertainment. Frédéric Martel écrit « je trouve cette information sublime et je lui promets de la mentionner dans mon livre ». En Chine, il est reçu dans certains des plus gros organismes (étatiques évidemment) de divertissement du pays. La responsable déclare sans sourciller que « chaque pays a sa censure. Aux Etats-Unis il y a une très forte censure, plus dure encore qu'en Chine ». J'ai aussi découvert dans ce livre que la Warner avait investi dans 8 multiplexes en Chine en 1994 (les premiers du pays), en avait conçu le design, avait acheté les terrains, construit les bâtiments etc. avant que soudainement une loi ne passe déclarant qu'une entreprise étrangère ne pouvait pas exploiter de salles de cinéma !!! Ou comment tout d'un coup la Warner s'était retrouvée dépossédée de ses salles de cinéma... Cette action n'est qu'une illustration de la manière dont les affaires sont conduites en Chine, faisant qu'aucune entreprise occidentale n'a réussi à s'implanter durablement dans le paysage de l'entertainment chinois. Un chapitre est consacré à Al-Jazeera (qui est par ailleurs très présente dans d'autres chapitres) et j'y ai aussi fait une grande découverte. Il faut savoir qu'au début des années 90 un canal très puissant (forte capacité de diffusion dans le monde arabe) était pris par une chaîne française. Par une malheureuse erreur de manipulation, l'émission éducative pour enfants, diffusée à 16h, a été intervertie, par les techniciens basés à Paris par... 30 minutes de Canal+ (or à cette heure là, c'est le film porno qui passait !!!). Cela a généré un considérable scandale dans le monde arabe et la chaîne française a dû quitter ce puissant canal. Qui a été attribué à une petite chaîne naissante, Al Jazeera !A Beyrouth, Martel visite les vendeurs de DVDs, pirates à 95%. Il découvre une salle annexe à la boutique, très fréquentée, et pleine de ...films pornographiques, avec notamment des femmes voilées... uniquement jusqu'à la ceinture ! Au final, au-delà des anecdotes, on découvre, comme le souligne Frédéric Martel, que contrairement à ce que prédisaient les analyses néo-marxistes, ce n'est pas qui détient le capital qui est déterminant. En effet, le plus gros éditeur de livres de culture de masse américains est allemand (Bertelsmann). EMI est une société musicale anglaise. Un des plus gros studios américains est possédé par le japonais Sony. Et n'oublions pas Vivendi ou Lagardère... Mais la culture « mainstream » est américaine. Ce ne sont finalement pas ces grosses structures qui déterminent la culture ambiante, elles ne sont que des banques/avocats négociant avec une multitude de PME pour la production d'un disque ou même d'un film hollywoodien. En tout cas la conclusion est pessimiste pour la France et l'Europe en générale. L'Europe, comme l'Asie et l'Afrique, est incapable de se parler en son sein. Un film d'un pays est difficilement exportable dans un autre. Au final les Etats-Unis sont les seuls à concevoir des produits dans une culture mondialisée parlant à tous. Et avec une population déclinante et vieillissante, la situation en Europe ne va pas en s'arrangeant, bien au contraire. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
10 internautes sur 12 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
La rencontre du marketing et de l'art.,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mainstream (Broché)
C'est une vaste enquête menée dans le secteur de l'industrie culturelle et en particulier celle sensée plaire au plus grand nombre, ce que l'on oppose dans un vain et éternel débat à l'art. L'industrie avec ses mastodontes maitrisant contenants et contenus, ses lobbies puissants - et même ses critiques - qui ont contribué à la fabrication de produits aseptisés y est décrite par le menu, Martel prenant soin toutefois de développer un point de vue intéressant, celui de la diversité standardisée (loin de annihiler les cultures locales, le mainstream s'appuie sur leurs créativités pour en extraire des codes communs et in fine des produits géo-adaptés mais édulcorés).Dominé sans surprise par les USA, l'autre intérêt de cet ouvrage est de dessiner une cartographie des enjeux mondiaux de ce secteur où pointent les pays émergents (Chine, Inde, Brésil...) mais aussi les pays arables des émirats, l'Europe se bornant à opposer une résistance bien molle - ce qui met au passage en évidence le paradoxe d'une France fer de lance de l'exception cullturelle mais l'un des premiers consommateurs de maintream. On peut regretter que l'enquête n'aille pas plus loin dans l'explication des secrets de fabrication, encore qu'il suffit de se taper quelques épisodes des Experts et Avatar pour se faire une idée... Et puis, et là je ne partage pas le point de vue d'autres commentateurs, c'est écrit dans un style aussi fade qu'un précis de droit bancaire, d'où une lecture un peu fastidieuse. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile
1.0 étoiles sur 5
affligeante incurie de la pensée,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mainstream : Enquête sur la guerre globale de la culture et des médias (Broché)
certes un gros travail d'enquête sociologique, mais le problème est que ça se limite justement à cela - sans véritable distance, esprit critique ou analyse en profondeur, une sorte de banque de données, surfant allègrement et sans se poser de véritables questions sur ce "mainstream" en question, adoptant comme une évidence ou un présupposé indiscutable le seul point de vue économique, sans tenter de réfléchir à ce qu'est la "culture" en profondeur ? car la question d'une telle définition n'est certes pas évidente, mais encore faudrait-il en esquisser les prémices...car peut-on réduire la culture à la fabrication et à la vente de "produits", fussent-ils estampillés "culturels" ? la culture n'est-elle qu'une question de consommation ? et partant de cette "acceptation" commerciale, pour chaque pays, une question d'exportation ? c'est pourtant cette logique industrielle mondiale, venue des techniques de marketing américaines, qui gouverne désormais la "culture" qu'on nous vend un peu partout, les industries, alliées aux médias, s'étant emparé de la "culture", en faisant pour reprendre les termes de BERNARD STIEGLER (autrement plus perspicace et profond sur ces questions, voir par ex. "Réenchanter le monde. La valeur esprit contre le populisme industriel"), un "populisme industriel et culturel". Autant dire une main-mise commerciale, à des seules fins consuméristes sur les esprits, la sensibilité, l'imaginaire, les rêves, bref toute la vie intérieure, soumise à un nivellement, formatage consensuel et docile car acheteur, consommateur (comme de toute la malbouffe qu'on nous vend ou tous ces produits à jeter)... au final, une vie intérieure largement détruite, au moins aliénée, car ce contrôle et ce gavage commercial des esprits tue l'esprit. L'auteur n'a cure d'analyser vraiment ces logiques commerciales impérialistes, ne nous parle pas de "culture(s)", mais du seul business de l'entertainment à travers le monde. Il semble aveugle à toute cette misère symbolique (qui nous gouverne et tend à réduire l'homme à une machine-à-produire et-à-consommer) et au contrôle, même tacite ou inconscient, des esprits, des pulsions et des êtres que cette logique dominante du marché instaure mondialement, par le biais des grands groupes industriels dont le seul intérêt est de faire de l'argent. C'est quant à la culture, comme pour l'information (entertainment se mêlant à infotainment), le même gavage, le même prêt-à-penser, prêt-à-consommer, la même marchandisation de tout, qui nous engloutit dans ce qu'ANNIE LE BRUN (une tout autre lucidité critique sur l'époque et les mêmes questions) nomme le "trop de réalité"... Heureusement qu'il y a (encore) beaucoup de gens, penseurs, artistes, créateurs, quidam, qui résistent à cette logique dominante du marché, et continuent de penser que, non, non, non, la culture n'est pas un "produit", mais bien autre chose, qui a à voir avec l'être profond de tout un chacun, l'esprit, la sensibilité, la vie intérieure... toutes choses qui ne sont pas de l'ordre du commerce et de l'argent (même si l'on voudrait nous le faire croire), qu'on ne "consomme" pas un livre, un film, une musique, etc., comme on consomme du coca-light... Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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