Les ouvrages et romans sur la Seconde Guerre mondiale évoquent très souvent les sinistres camps de la mort où tant de Juifs et d'autres minorités ont péri. L'auteur quant à lui a choisi d'aborder cette phase sinistre de l'histoire de l'humanité sous un angle différent en racontant l'histoire de Juifs qui n’avaient d’autre choix que de prendre le maquis pour ne pas subir le sort qu’on leur réservait.
C’est ainsi que l’on suit à travers ce roman se déroulant sur deux années (de 1943 à 1945) la longue marche de Mendel et ses compagnons d’armes russes et polonais, femmes et hommes, à travers l’Europe (depuis la Russie jusqu’en Italie), dans l’espoir aussi acharné qu’hasardeux de rejoindre « leur paradis perdu », Israël, qui a l’époque n’avait pas encore d’existence officielle. Mais cela, le roman ne le raconte pas, se clôturant sur leur arrivée à Milan à la Libération.
Si le roman peut parfois sembler monotone, c’est parce que Primo Levi a délibérément choisi de ne pas faire dans le sensationnel, suivant ses personnages dans leur quotidien sans les embellir, évitant une description appuyée des horreurs de la guerre (« Ce n’est pas pour vous décrire des massacres que cette histoire vous est racontée »), et en n’évoquant que de très loin les camps de la mort. L’auteur a seulement voulu immerger le lecteur en racontant de la manière la plus réaliste possible ce que pouvait représenter une telle aventure, sans faire de ces hommes des héros, mais en les montrant dans toute leur humanité, leur force et leur faiblesse, leur courage et leurs (petites) lâchetés. Et peut-être pour nous montrer que la résistance est à la portée de chacun.
Vous l’aurez compris, nous sommes loin d’un mode de récit hollywoodien truffé de rebondissements toutes les cinq pages. Mais pour peu qu’on s’y accroche, on pourra se sentir une réelle complicité avec Mendel, ses doutes et ses questionnements. Et par le réalisme du récit, on ne pourra que se sentir impliqué dans les aventures de ces « partisans » nomades.