Extrait
La prison était vide, le tribunal ne servait jamais, et le notaire ne faisait aucun profit car la parole donnée avait davantage de valeur que le papier. Un jour, le préfet fit venir de loin des ouvriers qui élevèrent une palissade au centre de la place principale. Pendant une semaine on entendit les marteaux frapper et les scies couper le bois.
Puis le préfet invita tous les habitants à linauguration. Très solennellement, la palissade fut enlevée et lon vit apparaître... une potence.
Les gens se demandèrent ce que cette potence faisait là. Effrayés, ils se mirent à recourir à la justice pour toutes sortes de problèmes qui étaient auparavant résolus dun commun accord. Ils allèrent trouver le notaire pour enregistrer des documents auxquels autrefois la parole se substituait. Et ils écoutèrent ce que disait le préfet, car ils craignaient la loi.
La légende précise que la potence ne fut jamais utilisée. Mais sa seule présence avait suffi pour tout changer.
UN SORCIER AFRICAIN conduit son apprenti dans la forêt. En dépit de son âge, il marche avec agilité, tandis que lapprenti glisse et tombe à tout instant. Celui-ci blasphème, se relève, crache sur le sol qui le trahit, mais continue à suivre son maître.
Après avoir longtemps marché, ils arrivent dans un lieu sacré. Sans même sarrêter, le sorcier fait demi-tour et reprend la route en sens inverse. « Vous ne mavez rien enseigné, aujourdhui, objecte lapprenti, après une nouvelle chute.
Je vous ai enseigné quelque chose, mais on dirait que vous napprenez rien, réplique le sorcier. Jessaie de vous enseigner comment on traite les erreurs de la vie.
Et comment les traite-t-on ?
De la façon dont vous auriez dû traiter les chutes que vous avez faites. Au lieu de maudire lendroit où vous êtes tombé, vous auriez dû chercher ce qui vous avait fait glisser. »
LE PHILOSOPHE Aristippe courtisait les puissants à la cour de Denys, tyran de Syracuse.
Un après-midi, il rencontra Diogène en train de se préparer un modeste plat de lentilles.
« Si tu complimentais Denys, tu ne serais pas obligé de manger des lentilles, remarqua Aristippe.
Si tu savais te contenter de manger des lentilles, tu ne serais pas obligé de complimenter Denys », répliqua Diogène.
Le maître dit :
« Il est vrai que tout a un prix, mais ce prix est relatif. Quand nous suivons nos rêves, nous pouvons donner limpression que nous sommes misérables et malheureux. Mais ce que les autres pensent na aucune importance. Ce qui compte, cest la joie dans notre cur. »


