Voici un bien étrange film.
Réalisé en 1944 par un Robert Wise débutant tout droit sorti du montage du « Citizen Kane » d'Orson Welles (!). Conçu comme une suite au classique « La Féline » réalisé un an auparavant, il n'a rien avoir avec la précédente histoire. Pas plus qu'il ne comporte de malédiction, ni d'homme-chat (le titre original étant bel et bien « Curse of the Cat-People) !
Il s'agit en fait d'un conte pour enfants. Il est superbe et convient parfaitement à l'ambiance de Noël, avec en plus un zest d'épouvante, ce qui est la marque de fabrique des productions de Val Lewton au sein de la RKO. Le titre ne se justifiant que dans l'emploi des personnages de « La féline », à savoir le couple formé par Kent Smith et Jane Randolph, ainsi que le personnage joué par Simone Simon, qui ne se transforme plus en panthère puisqu'elle est morte, mais vient visiter la petite fille du couple sous la forme d'un fantôme bienveillant. La petite fille, gentiment schizophrène, trouve alors dans cette compagne de l'au-delà, l'alter-égo qui lui est refusé dans le monde réel. A moins que cette amie ne sorte tout simplement de son imagination, après qu'elle ait aperçue une photo de la défunte...
Voilà une parabole sur la difficulté de passer la barrière de l'enfance, sorte de pendant mystique à un Peter Pan par exemple. Mais le sous-texte va beaucoup plus loin en suggérant que l'éducation des parents, lorsqu'elle est trop exigeante et se manifeste par un dogme trop appuyé, peut mettre en danger l'évolution psychologique des enfants, danger marqué dans le film par un climax angoissant durant lequel l'enfant risque une mort bien réelle...
Nous retiendrons de ce petit chef d'œuvre, outre son histoire merveilleuse, une atmosphère onirique parmi les plus envoûtantes que nous ait offertes le 7° art. Rien que pour ça...