Ceux qui pensaient que Morrissey avait touché le fond avec
Southpaw grammar en furent pour leurs frais à la sortie de
Maladjusted : plus encore que son prédecesseur, cet album donnait la nette impression que Morrissey n’avait plus rien à dire, et que sa présence dans le monde de la pop tenait à présent plus de l’anachronisme que de l’urgence d’une démarche artistique.
Pour raté qu’il soit (et, avouons-le, il l’est en grande partie),
Maladjusted n’en recèle pas moins quelques belles surprises. Ainsi, les superbes ballades «
Wide to receive » et surtout «
Trouble loves me » touchent en plein coeur, tandis que «
Satan rejected my soul », clin d’oeil espiègle au «
There’s a place in hell for me and my friends » de
Kill Uncle, séduit par l’immédiateté de sa mélodie, portée par des guitares rugissantes.
Hélas, le reste de l’album est loin d’être à la hauteur des ces trois titres, et se divise en parts à peu près égales entre des chansonnettes agréables mais sans conséquence, caractérisées par leurs titres en forme de jeux de mots vaseux («
Alma matters », «
Roy’s keen ») ; des morceaux plus ambitieux, mais torpillés par des mélodies indigentes (le morceau-titre) ou par une production frisant le ridicule («
Ambitious outsiders ») ; et des titres à la banalité si affligeante que l’on en vient à se demander si c’est bien l’ancien chanteur des Smiths qui les a écrit («
Papa Jack », «
He cried »). Le comble de l’horreur étant atteint avec «
Sorrow will come in the end », où Morrissey déclame d’un ton sentencieux des menaces de mort adressées à Mike Joyce (contre lequel il venait de perdre un procès), sur fond de batterie martiale et de synthés piteux – sans aucun doute l’un des morceaux les plus ridicules jamais gravés sur disque.
C’est donc à raison que même les fans les plus fervents se refusent à défendre
Maladjusted - un album dont le chanteur s’est à ce point désintéressé qu’il a, pour la première fois de sa carrière, laissé à une tierce personne le soin de concevoir la pochette (atroce, soit dit en passant). Après la sortie de ce disque, Morrissey restera d’ailleurs silencieux durant sept longues années – ce que l’on peut légitimement interpréter, avec le recul, comme un choix guidé par une réelle lucidité envers une inspiration en berne.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story