Ce commentaire (de la personne signant "Bel") est tout à la fois honteusement réducteur et à la limite de la calomnie pure. Vouloir à toute force, contre l'évidence, faire d'un immense poète comme Stefan George un précurseur (rappelons qu'il est décédé en 1933 et qu'ainsi tout regard rétrospectif, comme le droit à son niveau le souligne, est par définition contestable et mène à l'affabulation, le plus souvent totalitaire) du nazisme est un odieux mensonge qui ne résiste ni à l'analyse et encore moins aux faits. Par ailleurs c'est une vieille antienne que reprend ici cette personne dont on sait pertinemment qu'elle provient fréquemment de milieux qui appartiennent au stalinisme (= fascisme) de sinistre mémoire et ferait ainsi bien de "commencer par balayer devant leur porte", selon la formule consacrée !... Stefan George est fondamentalement un poète au meilleur sens du terme, et d'une stature classique incontestable, et parce que son être s'est révélé non dans une forme politicienne (il n'a jamais appartenu à aucun parti politique !) mais dans la poésie au sens le plus élevé, il ne saurait être ramené aux affabulations du sieur "Bel". La personne qui signe "Bel" raconte donc n'importe quoi. Par contre et effectivement Martin Heidegger, lui, et à contrario de ce que veulent ceux qui sont uniquement fascinés par le langage, fut bel et bien nazi, antisémite, puisque l'on dispose, notamment de photographies où Heidegger porte le brassard officiel lié au parti de cette abjecte idéologie... Le soussigné n'a pas encore eu le temps de lire le travail de Ludwig Lehnen, mais il ne peut que souligner l'immense qualité de son travail de traducteur, tout autant que de commentateur par exemple dans le volume "L'Etoile de l'Alliance (Ed., La Différence). Il est encore remarquable que généralement ce soient les zélateurs les plus soumis d'une modernité croupissante et adepte des pires stupidités totalitaires qui comme par hasard s'autorisent à venir donner de soi-disant "leçons" à leurs maitres en littérature - (et Stefan George en est un n'en déplaise à mister "Bel") - ou en métaphysique, si possible en éructant le maximum de billevesées envisageables ! Enfin, n'est-il point emblématique de lire une accusation - tout aussi inepte - de pédérastie envers Stefan George, ceci bien entendu, avec la volonté de calomnier, alors que les (très) brèves parties de l'oeuvre poétique de S. George consacrée à "Maximin" constitue une "expression sublimée", strictement poétique, qu'il est possible, sous un certain angle, de rapprocher du sens imprimé par Thomas Mann dans "Mort à Venise", et le prix Nobel à notre connaissance n'a jamais été considéré comme "pédophile" du fait du regard porté par Aschenbach dans cette nouvelle envers Tazio ? On rappellera aussi que les nazis ont déportés en camp de concentration les homosexuels, et qu'à suivre le sieur "Bel", si George, qui avait quitté l'Allemagne lors de l'arrivée du dictateur au pouvoir (il est décédé en Suisse en 1933 !) avait été ce qu'il prétend, (ce qu'il ne fut jamais) il aurait alors subit le sort des personnalités homosexuelles, ce qui est encore un autre paradoxe des inventions de cette personne !
Soulignons que le titre de "Das Neue Reich" n'a rien à voir avec le nazisme, il suffit de lire ces poèmes pour s'en convaincre. Sa traduction française est "Le Nouveau Règne" et non point une doctrine étatique subjective... Cette formule se réfère strictement en réalité au cercle interne des proches du poète à la relation que ceux-ci entretenaient avec lui et pareillement pour l'expression "d'Allemagne intérieure" qui s'inspirait d''une conférence de l'immense historien Juif Ernst Kantorowicz... Ce n'est pas parce que certaines personnes ont, par la suite (après la disparition du poète) déformés ce qu'elles ne peuvent pas comprendre qu'il faille se fier à ces billevesées... Pour le surplus que certains consultent le livre d'entretiens accordé par Raymond Klibansky (qui a connu Stefan George), "Le philosophe et la Mémoire du siècle", à Georges Leroux, éditions Les Belles Lettres, Paris, 1998, pp 58 et suivantes... Comment expliquer au demeurant l'admiration que lui portèrent de nombreuses personnalités Juives, et quelques unes d'un incontestable génie, tel Raymond Klibansky, Friedrich Gundolf ou Karl Wolfskehl pour ne retenir que ces quelques noms et qui ne se démentit jamais ? Quant à Mallarmé il est encore inexacte de prétendre minimiser les relations étroites et la profonde admiration qu'il voua à Stefan George. Mais on perçoit fort bien ici la malignité de certains pseudos "mallarméens" que cette amitié gêne bien évidemment !... Le sieur "Bel" est ce type de personne qui, à l'instar de la soeur de Nietzsche, sont prêtes à certaines manipulations afin de faire passer, ici Nietzsche, - mais il en est pareillement dans cette optique, avec Stefan George -, pour ce qu'il ne fut en aucun cas, ainsi que les spécialistes aujourd'hui ont pu le démontrer.
Pour se convaincre de ce qui précède, relevons encore ce qu'écrit Lionel Richard, peu suspect de partialité, dans "Le nazisme et la culture" (Petite Coll., Maspéro No 186, Paris, 1978) : "(...) Drapé dans une aristocratique solitude, S. George avait pris ses distances envers le nazisme et la vulgarité de sa plèbe. Depuis 1920, d'ailleurs, il n'avait daigné s'abaisser à leur apporter le moindre mot de soutien. Leur antisémitisme et leur recours à un prussianisme honni lui répugnaient.(...)" (op. cit., p. 89). Plus loin, "(...) Le comte von Stauffenberg, officier, cet ancien membre du cercle de S. George fut l'artisan de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler. L'évolution de Stauffenberg est intéressante, car elle symbolise de façon exemplaire, dans sa résultante, les influences qu'il a subies (...)" (op. cit., p. 129), ce qui contredit encore complètement ce qu'énonce gratuitement mister "Bel" ! Enfin on soulignera qu'il existe une lettre de (sic) Rosa LUXEMBURG ( ! ) dans laquelle elle avoue sa vive admiration pour le poète (op. cit., note 5, p. 145)...
Ce commentaire signé "Bel" est donc quasi nul et c'est un euphémisme ! Que chacun lise Stefan George en lieu et place des éructations de thuriféraires du "blabla" superficiel actuel, et il se fera ainsi sa propre idée !... Merci.
Tom Bombadil