Ah, Roger Corman! Voilà un nom que tout cinéphile qui se respecte ne peut prononcer sans un petit frisson d'émotion... Quel parcours atypique que le sien! Quelle filmographie étonnante! Quel cinéaste visionnaire! Qui aurait pu se douter, quand il commença à tourner des séries B improbables avec des budgets de misère, dans les années 50, qu'il serait un jour un réalisateur cultissime dont un Oscar d'honneur récompenserait la carrière? Et pourtant... Ce diable d'homme que rien n'arrêtait (et qui tourna, paraît-il, un de ses films en moins de trois jours!) aura largement contribué à donner au cinéma de genre ses lettres de noblesse...
Oh, certes, toute sa production n'est pas de la même qualité, mais ses adaptations d'Edgar Poe, par exemple, ne laissent jamais de m'impressionner... Cela dit, si je ne devais garder de ce cher Roger qu'un seul film, c'est sans doute celui-ci que je choisirais... Tourné en quelques semaines en 1963, il relève du plus pur fantastique. Un savant, le Dr James Xavier, ayant mis au point des gouttes exacerbant la vision, décide de les tester sur lui-même et se retrouve bientôt avec des yeux doués de pouvoirs semblables à ceux des rayons X... Hélas, son expérience va très vite prendre un tour dramatique et avoir des conséquences inattendues...
Comme d'habitude chez Corman, pas de chichis, on rentre tout de suite dans le vif du sujet, le récit est rapide, la mise en scène discrète et pourtant virtuose... Points forts du film, l'interprétation de Ray Milland qui trouve là un de ses grands rôles en savant tourmenté par la soif de voir l'invisible, et des effets spéciaux certes datés d'un point de vue technique et pourtant pleins d'un charme presque psychédélique! Quant à la scène finale aux échos mystiques, elle est à la fois surprenante, horrible et passionnante par les horizons qu'elle ouvre à la réflexion du spectateur.
Bref, voilà un classique qu'on ne saurait trop recommander aux amateurs de bon cinéma en général et de séries B fantastiques en particulier!