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Un jour de printemps, ou plutôt, de la fin de l'hiver, Kei se rend à Manazuru, une ville en bord de mer qui lui est inconnue, sur un coup de tête. Là, elle se laisse un peu glisser dans ses souvenirs, les souvenirs de sa vie actuelle, avec son amant Seiji, mais aussi les souvenirs de sa vie d'avant, avec son mari, Rei, disparu du jour au lendemain sans laisser de traces. Ou est-il allé ? Pourquoi l'a-t-il laissée seule avec leur fille de 3 ans, Momo, aujourd'hui adolescente ?

Kei a une vie banale, une vie faite de petits riens qu'elle se prend parfois à regarder de l'extérieur, avec curiosité. Mais Kei n'est pourtant pas toujours seule, des présences ou des ombres flottent parfois à ses côtés, étranges mais pas forcément dérangeantes ... Kei oscille entre la poésie sans mots du monde réel, et le flottement aérien d'un autre monde ... et nous entraîne dans cette oscillation parfois dangereuse.

Voici un roman tout à fait surprenant, dans la mesure où il passe sans transition de la description minutieuse et intense d'un moment du réel à un épisode onirique ou quasiment fantastique. Il est difficile de savoir où se situe la frontière entre la réalité et le rêve, entre le souvenir et la folie ... mais on se laisse bercer par la poésie du texte, par le dépaysement de toutes ces petites choses issues d'une culture si différente de la nôtre, par le parcours de Kei, ses angoisses, ses interrogations et ses espoirs ... un moment de lecture étrange et délicieux, qui vous laisse avec un léger tournis et le sentiment de revenir de très loin ...
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le 3 octobre 2012
Kawakami Hiromi nous présente ici une ballade sur les côtes de Manazuru, ballade spirituelle où l'héroïne du récit se cherchera à chacun de ses pas. C'est grâce au dialogue avec le fantôme d'une inconnue que la jeune femme trouvera la paix. Cette quête de soi-même est magnifiquement présentée par l'auteure dont chaque histoire est un bol d'humanité et d'un fragile bonheur à saisir.
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le 25 juin 2014
Kawakami Hiromi romancière japonaise. 55 ans. Elle a publié une première nouvelle en 1994.Elle reçu un prix littéraire prestigieux avec « Hebi Wo fumu » (« marcher sur le serpent » ) en 1996
Je viens, moi, de lire son roman « Manazuru », une vraie révélation
Manazuru est le nom d’une station balnéaire a une centaine de kilomètres de Tokyo.un peu comme si on appelait un roman « Trouville » ou « Dieppe » C’est aussi le mot qu’a écrit sur un agenda le mari disparu.

Celle qui raconte l’histoire est sa femme que l'abandon ne cesse de tourmenter depuis des années.

Elle vit avec sa fille Momo, treize ans, sa mère, et elle a un amant assez intermittent . Cette épouse traumatisée par cet abandon inexplicable cherche sans cesse à comprendre cette disparition- évaporation. C’est autant un film mental qu’une vie .
C’est un roman lent, envoûtant, un peu incantatoire qui m’a fait penser à une sorte de marguerite Duras japonaise.. sobriété du ton, la beauté des lumières, des heures, l’évocation de l’espace marin, l’importance des absents dans la vie de tous les jours

Au fil des scènes de train, de chambre d’hôtel, d’errance ,de petites scènes quotidiennes ( admirables scènes sur le tri des vêtements au début de l’été, sur le repassage, sur les odeurs de linge dans les tiroirs ; on sent qu’une partie du puzzle, autour d’une abscence, se reconstitue dans les rues de cette station balnéaire. Une mystérieuse apparence de femme survient, irrégulièrement,, fantomatique, elle accompagne la narratrice, dialogue avec elle et la guide. Est-ce sa conscience ? Une partie de sa mémoire, son remords ? son « ça » ? une figure de la Mort ? Une divinité ancienne revenue dans le monde moderne des portables ? L’énigme est fascinante. La beauté calme de ce roman me reste en mémoire, une fois le livre refermé.
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Hiromi Kawakami née en 1958 est une romancière japonaise née à Tokyo. Elle est diplômée de l'université pour femmes d'Ochanomizu. Depuis ses débuts en 1994, elle est définitivement devenue l'un des écrivains les plus populaires au Japon, et l'un de ceux qui parviennent à offrir leurs histoires en Occident. En 2000, elle reçut le Prix Tanizaki pour son roman Les Années douces. C’est en 2009 qu’est paru en France, Manazuru.
Kei vit avec Momo, sa fille adolescente, et sa mère. Rei, son mari, a disparu depuis douze ans, parti on sait où, personne ne le sait, mort peut-être. Deux ans plus tard, Seiji est devenu l’amant de Kei. Lorsque Kei découvre le journal intime de son mari et y lit à plusieurs reprises ses passages à Manazuru, petite ville du bord de mer, elle décide de s’y rendre.
J’avais beaucoup aimé La Brocante Nakano, un précédent roman d’Hiromi Kawakami. Légèreté de l’écriture, finesse des sentiments, ellipses aériennes mais une histoire claire. Ici, je suis nettement moins emballé. Certes l’écriture est toujours aussi délicate, les descriptions rapides de petits gestes de la vie quotidienne sont particulièrement réussies, finesse du trait à l’encre de Chine. Mais le roman repose sur une large part de mystère jamais éclairci qui, d’un côté rend le texte délicieusement éthéré et d’un autre carrément ésotérique.
Télévision qui s’allume toute seule, présence invisible qui suit Kei puis, petit à petit se révèle être une femme inconnue, telle un fantôme à moins que ce ne soit le moi-intérieur de l’héroïne ? Les rapports entre Kei et sa fille ou sa mère sont proches ou lointains, de même avec son amant au fil du temps qui passe. La narration semble nous parvenir à travers un voile de tulle, comme une photo de David Hamilton, douceur estompée des scènes. Les multiples excursions de Kei à Manazuru sont prétextes à retrouver la trace du mari envolé. Recherches par la pensée ou le rêve puisqu’elle lui parle et qu’il lui répond, à moins que ce ne soit le fantôme féminin qui la suit qui n’intervienne dans la conversation, « Tout existe dans l’esprit. Tout ce qu’on a vu de ses propres yeux depuis qu’on est au monde, tout, y compris ce qu’on croit avoir oublié depuis longtemps, existe à l’état pur dans la conscience. »
Réflexion sur l’amour et ses pouvoirs mais avec une approche toute orientale de la question et une mise en abîme puisque Kei écrit un roman, celui que nous lisons peut-être ? « La tonalité du récit, sa densité… oui, c’est un livre plein de mystère. (…) Le récit est censé être limpide et innocent, pourtant, on ne voit pas où il mène. Et dans l’ombre de certains passages, on découvre quelque chose ! » Les plus heureux feront cette découverte, les autres resteront sur le bord du chemin.

« Se retrouver à trois sur une photo, ça ne doit pas porter chance, non ? Kei, s’il te plaît, va chercher une petite poupée, tiens, celle qui est dans l’entrée, qui vient de l’atelier de verrerie. Tu peux la garder cachée dans ta main, si tu veux, mais on va la prendre en photo avec nous. J’ai couru dans l’entrée, j’ai saisi la petite figurine de verre. Ma paume a eu comme un frisson. Quand la photo a été développée, cette photo qui nous montrait tous les trois dissimulait en réalité un quatrième visage. Ce visage invisible a fait naître en moi une émotion. Nous étions trois, non, quatre. Mais non, trois ! »
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