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4.0 étoiles sur 5
Le sang des voyous !, 9 janvier 2012
Ce commentaire fait référence à cette édition : Manchette-Tardi : Coffret 3 volumes : Le petit bleu de la côte ouest ; La position du tireur couché ; O dingos, ô châteaux ! (Relié)
En 1977 parait 'Griffu', la première intromission de l'anar Tardi dans l'univers déjanté de l'agoraphobe et grand fumeur, mais surtout ancien militant d'extrême gauche JP Manchette (1942-1995) ; et ce n'est pas une adaptation, mais bien un scénario original que celui-ci a livré au rebelle Tardi, qui, longtemps après, reviendra aux déclinaisons policières de Manchette, en 2005 avec 'Le petit bleu de la côte ouest', en 2010 avec 'La position du tireur couché' et en 2011 avec 'O dinguos, ô châteaux'.
Ce coffret réunit ces trois dernières oeuvres :
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Le roman 'Le petit bleu de la côte ouest' date de 1976 et avait déjà été adapté au cinéma dès 80 par Jacques Deray sous le titre de 'Trois hommes à abattre' avec Alain Delon (qui a trois Manchettes à son actif).
En 74 pages en N&B, le libertaire Tardi adapte le gaucho Manchette et nous raconte l'histoire d'un cadre commercial, mal marié, deux enfants, mal à l'aise en général et dans l'ensemble dans sa vie, qui sauve un inconnu victime d'un accident de voiture et se retrouve après cela et à cause de cela traqué par de mystérieux tueurs qui comptent bien lui faire la peau, ce qui l'amène à tirer un trait sur tout ce que sa vie a été jusqu'alors...
Rien d'étonnant à ce que le révolutionnaire Jacques Tardi se sente si à l'aise dans l'univers désillusionné de JPM : nous avons tous eu beaucoup d'espoir à l'époque (dans les années 70 donc) et nous avons tous dû laisser cet espoir au vestiaire ensuite, d'où un minimum de colère et d'amertume. 'Le petit bleu' est un roman graphique sur la crise profonde d'un homme, reflet de celle d'un monde perdu. A la rencontre d'une inévitable violence et dans une ambiance extrêmement tendue, des tueurs qui rêvent à des châteaux (déjà !) et un héros qui n'en pas un (comme toujours chez Tardi) se croisent au rythme du jazz, du bourbon et de quelques bons films, jusqu'à l'issue sanglante, malheureuse et déterminante de cette histoire noire sans temps morts avec pas de mal de corps déliquescents de laquelle émane avant tout une certaine odeur de putréfaction. Le trait réaliste et précis de Tardi sert parfaitement le récit de Manchette et donne à cette histoire sur le désarroi un triste parfum de fin d'un temps, celui de l'espoir !
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Le roman 'La position du tireur couché' date de 1981 et avait déjà été adapté au cinéma dès 82 par Robin Davis sous le titre du 'Choc' avec Alain Delon dans le rôle du tueur ('Samourai' oblige évidemment).
En 96 pages en N&B, les deux mousquetaires du roman noir nous racontent l'histoire d'un tueur qui a décidé de décrocher et que ses employeurs (des intermédiaires agissant pour le compte d'une mystérieuse 'organisation') refusent de lâcher (un grand classique du genre, en fait même un genre à lui tout seul au sein de la littérature comme du cinéma 'policiers'). Fermement enclin à décrocher, il quitte Paris pour sa ville natale où l'attend peut-être encore sa petite amie d'antan qu'il avait quittée en lui promettant de revenir 'fortune faite' dans dix ans...
Bénéficiant d'une ambiance générale magnifiquement lugubre, cette troisième adaptation en date de JPM par JT est un vrai roman noir aussi dense que l'asphalte sur laquelle roule vers son triste destin ce tueur pas du tout fou, mais qui est plus proche de la marionnette que du héros qui tire les ficelles : en prenant une certaine décision, il a mis le feu aux poudres et plus rien ne peut arrêter la machinerie sanglante qui s'est mise en marche. Déceptions et désillusions pavent le chemin de ce solitaire brisé jusqu'à l'issue sinon fatale, du moins tragique de ce récit sombre et fort qui mérite d'être lu par une froide nuit d'hiver !
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Le roman 'O dinguos, ô châteaux' date de 1972, a valu à l'époque le 'Grand prix de la littérature policière' à son auteur et avait déjà été adapté au cinéma dès 1975 par Yves Boisset sous le titre de 'Folle à tuer' avec Marlène Jobert.
En 92 pages en N&B, nos deux compères nous racontent l'histoire d'une délinquante juvénile, qui, après avoir passé cinq ans en HP, se voit proposée de devenir la nounou d'enfer du très jeune neveu d'un architecte raté devenu le tuteur du riche héritier et donc nouveau maître du blé et qui n'engage que des infirmes et des 'tarés', sauf qu'un tueur fou secondé par deux nuisibles enlève aussitôt les deux perdreaux, qui réussissent toutefois assez rapidement à leur échapper, engageant ainsi une folle et meurtrière course-poursuite à travers les tristes paysages de 'Navarre'...
Comme à chaque fois que le rebelle Tardi s'intéresse à l'½uvre du démolisseur Manchette, le récit prend largement le pas sur le dessin, d'un classicisme décourageant (on se croirait revenu au temps de 'Rumeurs sur le Rouergue'), qui fait de ces albums-là du dernier des Communards plus de strictes illustrations des romans de Manchette que de véritables ½uvres picturales signées Tardi : nous sommes loin en effet du 'Démon des glaces' et de ses vignettes et planches dignes des gravures d'antan par exemple. Si donc vous avez juste envie de lire une adaptation dessinée de ce roman de Manchette, vous serez probablement aux nues ; mais si vous vous intéressez avant tout au génie de l'auteur engagé Tardi, tournez-vous plutôt vers ses adaptations de Léo Malet ou son feuilleton 'Le cri du peuple' au travers desquelles il laisse une empreinte indélébile dans l'histoire du roman graphique français : Tardi lui-même s'est toujours plus intéressé à la création d'ambiance et donc aux décors (ce qui rend même les aventures d'Adèle Blanc-Sec, pourtant plus que tirées par les cheveux, plus ou moins intéressantes) plutôt qu'aux personnages : dessiner les rues d'une ville, ses ombres, le brouillard, les pavés luisants, les réverbères blafards, les petits bars miteux et décrépits, les lueurs d'hiver qui donnent un petit frisson, des pans d'immeubles avec de petites fenêtres qui laissent entrevoir une petite lumière, les édifices, les portails, les cimetières et les musées, mais aussi les tristes pavillons de banlieue, c'est ce qui fait la patte Tardi et qui n'existe en rien dans ses adaptations récentes de JPM (le 'Griffu' d'autrefois étant une exception).
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Comme toujours chez le révolutionnaire Tardi, le dessin est précis et le trait réaliste, l'histoire s'adressant autant à l'estomac qu'au cerveau. Le désarroi est à l'honneur et le tout est totalement lugubre. En fait, ces histoires de plomb baladeur et de héros brisés nous donneraient presque comme un léger picotement sous la langue, une envie de Deauville, de Bugatti et de satin. Alors si ces ballades au c½ur du noir d'encre vous disent, n'hésitez pas, of course !
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