La lecture d'un premier roman est un peu comme un premier rendez-vous amoureux. Elle peut ne point connaitre de suite, s'arrêter là, mais elle peut aussi n'être que le début d'une longue relation avec l'auteur...et sans préjuger du futur, il est de fortes chances pour que Luc Bossi se place dans la seconde catégorie. En effet, « Manhattan Freud », première aeuvre de l'auteur donc, m'a enchanté à plus d'un titre.
Un bon roman, selon moi, c'est d'abord une histoire. Celle-ci, suit la trame classique et mainte fois usitée de la traque d'un tueur en série par des policiers secondés par une personne de la société civile, les crimes sont savamment mis en scène, et le tueur laisse derrière lui des indices cryptographiques, jouant ainsi avec ses poursuivants...rien de bien original donc...Mais ce n'est qu'apparences trompeuses, car sous ce premier canevas, ce tissent d'autres histoires plus complexes entrainant l'auteur dans une aeuvre à tiroir. Ainsi, les crimes du tueur s'emmêlent dans une sordide histoire de famille et dans les luttes de pouvoir dans un Manhattan naissant...Le tout permettant quelques rebondissements judicieux dans une intrigue qu'on aurait pu craindre trop linéaire.
Un bon roman c'est aussi des personnages dont l'épaisseur dépasse celle des feuilles de papier sur lesquelles ils s'ébattent...Là encore, l'auteur nous délivre une galerie de personnages plutôt intéressants, mêlant personnages réels (Freud, Jung, Burnhamm...) et personnages de fictions (Les Korda, l'inspecteur Kahn...). Nous côtoyons donc le célèbre Psychanalyste et son premier disciple, qui assisteront le policier, au moyen d'une « étude » de la psychologie du meurtrier, nous devenant ainsi les pionniers du profilage...Mais qui participeront aussi au drame à travers le suivit psychanalytique de la fille de la victime d'un des assassinats. Ce qui est l'occasion d'une rapide esquisse des théories Freudiennes, que les spécialistes trouveront peut-être superficielle mais qui à le mérite de s'intégrer parfaitement à l'intrigue, voir de la servir. Nous suivons l'inspecteur Kahn et les balbutiements de la police scientifique. Nous croisons les élites de la société New Yorkaise et les bâtisseurs de génie en train de faire de Manhattan une ville à part dans le monde...
Manhattan, lieu mythique s'il en est qui donne un écrin sans égal à l'intrigue...Car un bon roman c'est aussi un lieu, un environnement...A titre personnel, je suis un grand amateur de Manhattan, de son maillage de rues et d'avenues enchâssées entre les buildings titanesques, de son atmosphère unique où l'énergie incroyable de la ville se dissout dans son gigantisme offrant au visiteur un mélange enivrant de stress et de quiétude...Alors, ce roman, aux origines de l'Ile, à ses balbutiements, quand les premiers grattes ciels s'élevaient un à un dans un défi à dieu, ce roman presque initiatique ne pouvait que me plaire...et ce d'autant plus que l'auteur parvient parfaitement à rendre compte de la naissance du mythe New Yorkais...Plaçant cette course architecturale au sein même de son intrigue il donne à son aeuvre une dimension supplémentaire. Un peu comme les grattes ciels donnent l'impression que Manhattan possède une dimension de plus que les autres villes...
Tout ces éléments s'assemblent et s'emboitent pour composer un roman prenant, passionnant et enrichissant, offrant un vrai plaisir de lecture et une vraie impatience de découvrir le prochain livre de Luc Bossi...Car parfois le deuxième rendez-vous est plus attendu que le premier...ce qui est toujours bon signe...