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Commentaires client les plus utiles
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Une épopée écrite à 5,
Ce commentaire fait référence à cette édition : Manituana (Broché)
En 1775, dans un monde baptisé Iroquirlande proche de la frontière canadienne, les colons se disputent les terres des tribus iroquoises dans la vallée mohawk.
Hélas, on se doute bien du sort tragique de ces Indiens d'Amériques. Mais dans cette formidable épopée historique, le collectif italien Wu Ming se place du côté des futurs vaincus, hommes comme femmes, Joseph l'interprète ou le jeune Peter comme la sage Molly ou sa nièce Esther, la visionnaire. Et, plutôt que de décrire avec force détails les batailles, il renouvelle le genre du roman d'aventures en hachant ce récit dramatique, dépourvu de manichéisme, par des chapitres brefs et incisifs et des ellipses narratives, où tout est terriblement perçu par ces grands perdants de l'Histoire des Amériques. Un roman foisonnant et passionnant, oui, qui nous prouve qu'il est possible d'écrire d'un même élan à cinq. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
"Une civilisation débute dans le mythe et finit dans le doute" (Cioran),
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Manituana (Broché)
Cerner avec objectivité le contexte d'indépendance des colonies anglaises d'Amérique du Nord implique que l'on ne puisse passer sous silence la destinée tragique des tribus amérindiennes et de la nation iroquoise en particulier.
Le collectif italien Wu Ming s'empare de l'histoire de la Grande Maison, ces tribus indiennes réparties sur un territoire allant de l'actuel Etat de New York à la Pennsylvanie dès le XII ème siècle, en la drapant d'une aura tragique. Luttant dès les premières décennies du XVII ème siècle contre les turpitudes de la colonisation anglaise, la Ligue des Cinq puis Six Nations (à laquelle appartiennent les Mohawks) voit son équilibre vacillé et son intégrité désagrégée durant le XVIII ème siècle. De l'achèvement de la Guerre de Sept ans (illustré notamment par la proclamation en 1763 par les dignitaires du Royaume de Grande-Bretagne de la garantie de la préservation des terres indiennes situées à l'ouest des Appalaches) à la Déclaration d'Indépendance des colonies anglaises le 4 juillet 1776, s'ouvre une période où l'existence d'un modus vivendi avec les Indiens n'est que pure chimère; les élites coloniales, les rebelles reniant tout ce que le joug britannique leur a imposé et la royauté anglaise ignorant la sauvegarde de leurs intérêts. Manituana est un grand récit épique, une magistrale reconstitution historique qui ne s'appesantit pas sur les batailles, la sauvagerie primitive des belligérants, les décisions politiques et leurs hérauts états-uniens (G.Washington,...). Les cinq auteurs italiens assument le parti pris narratif de dévoiler le déclin d'une nation indienne en privilégiant la description de leurs grandes figures réelles (Sir William Johnson, Joseph Brant,...) ou imaginaires impliquées dans la lutte. L'immersion dans l'identité indienne est assez édifiante, tant elle réussit par les rites, légendes et idiomes présentés, à présenter une civilisation mue par un désir permanent de défendre son droit à la vie. Wu Ming sollicite au mieux l'empathie du lecteur pour des peuples sacrifiés sur l'autel de l'avidité, de l'ethnocentrisme en évitant l'écueil de la compassion factice. De plus, les auteurs ne cèdent pas à la tentation d'orienter le lecteur vers le camp opprimé, le collectif ne laissant paraître aucune ranc½ur, aucun jugement, aucune condamnation sur les actes perpétrés par les représentants Occidentaux et Indiens. Outre la maîtrise narrative qu'il convient de louer, notamment au regard du travail engendré par cette périlleuse entreprise collective, je ne peux que saluer la qualité du récit, soutenu par un style riche et diversifié (quoique l'utilisation d'un argot, emprunté à A.Burgess dans Orange Mécanique pour le passage situé à Londres, fasse état d'un anachronisme et d'une rupture stylistique malvenus à mon goût), aboutissement d'un travail d'orfèvre. Manituana est en définitive un grand roman d'aventures, sensibilisant un lectorat aux affres et drames de la colonisation, du déracinement et du génocide et à la conquête de la politique, au sens pratique du pouvoir, sur tous les autres champs de la civilisation. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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