Il faut dire ce qui est, je l'ai regardé un peu à reculons, parce que le petit côté Cendrillon de Fanny Price, qui mériterait souvent qu'on lui secoue les puces, n'en a pas fait l'une de mes héroïnes préférées... ce qui m'incline à penser que les scénaristes ont réussi à tirer le meilleur du livre puisque le film est un petit bijou, avec un très joli casting et une réalisation très soignée.
L'histoire, c'est celle de Fanny Price qui, à dix ans, est donnée par sa mère (mariée par amour... et vivant dans la pauvreté la plus complète) à sa s½ur pour que celle-ci soit élevée à Mansfield Park, dans la famille de Sir Thomas. Nous la retrouvons quelques années plus tard, jamais tout à fait traitée d'égale à égale par sa famille, sauf par Edmund, le fils cadet, et ceci malgré sa supériorité d'esprit et de caractère. Fanny est intelligente, vive, généreuse... mais surtout courageuse et décidée, deux traits qui lui font pas mal défaut dans le livre. L'arrivée dans le voisinage de Ms Crawford et de son frère, tous deux si séduisants, va bouleverser l'équilibre précaire établi à Mansfield Park.
J'ai beaucoup aimé la réalisation, qui n'hésite pas à mettre en scène Fanny face à la caméra pour nous raconter certains épisodes... j'ai également beaucoup aimé qu'elle commente parfois en voix-off, avec une certaine ironie mais surtout beaucoup de malice et d'humour, d'autres scènes dont elle n'est pas le témoin direct. L'écriture de Jane Austen nous emmène régulièrement vers de fausses pistes en ce qui concerne les sentiments des uns et des autres, et c'est un véritable plaisir de voir comment les scénaristes ont traité ces possibilités.
J'ai entendu de très belles répliques, et finalement, peu d'entre elles sont directement extraites du livre, outre celles écrites par Patricia Rozema, ou tirées d'autres ouvrages de Jane, nous sommes aussi témoins dans le film de propos rapportés par un tiers dans le livre.
Bref, c'est finement ciselé, et j'ai été séduite par les choix de la réalisatrice qui n'a pas non plus hésité à rendre certaines scènes beaucoup plus sensuelles (ce qui modernise l'ensemble, surtout quand lesdites scènes se jouent entre deux femmes), et à s'attarder sur des sujets tels que l'esclavage (avec une scène très dure, lorsque Fanny feuillette le cahier d'esquisses que Tom, le fils aîné, a fait à Antigua) ou, mais là je vais peut être un peu loin, à suggérer l'attirance déplacée d'un tuteur pour sa pupille.
Mais surtout, surtout, le casting est excellent. Frances O'Connor, alias Fanny, est parée d'une beauté naturelle délicieuse, surtout face à ses deux cousines toujours très apprêtées. La modestie lui sied à ravir (Mary Crawford: Gentlemen, please. Fanny Price is as fearful of praise and notice as other women are of neglect.), tout comme à Johnny Lee Miller, d'ailleurs. Ce dernier joue un Edmund très préoccupé par l'idée que son amour pour Fanny pourrait ne pas être celui d'un frère pour sa s½ur, mais incapable de réfréner ses sentiments pour elle, malgré son admiration, non feinte, pour Ms Crawford... avec qui son père approuverait un mariage, ce dont il est évidemment hors de question avec Fanny !