Lorsque Marbles est sorti dans le commerce en 2004, on ne pouvait en trouver qu'une version courte (11 titres + un bonus, You're gone version single, ce qui n'apportait pas grand chose). La version longue en deux CD ne pouvait être commandée qu'à distance.
La version ici commentée est bien la version longue, avec deux CD. La différence ? 35 minutes supplémentaires sur quatre titres ajoutés qui s'intercalent entre les titres déjà existants et autrement répartis.
Je ne vais pas répéter ce que d'autres ont déjà très bien dit, à savoir que Marbles est sans doute l'un des meilleurs albums de Marillion, en tout cas de sa période Steve Hogarth. Ce dernier fait une nouvelle fois la démonstration de tout son talent de chanteur, avec l'une des plus belle voix de la scène rock progressif, voire de la scène rock tout court. Je ne vais pas non plus entrer dans le débat Fisch versus Steve H. On ne peut que constater une chose : c'est que Marillion, contrairement à certains groupes de rock progressif précédents (Genesis, hélas) a su faire évoluer sa musique sans sombrer dans la pop la plus commerciale.
On trouve dans Marbles la manifestation de cette évolution vers un pop rock raffiné, imaginatif et varié. Il n'y a pas pour autant de renoncement du groupe à ses racines. Les hommages implicites à Pink Floyd l'attestent (écouter les synthés sur The Invisible Man ou sur Neverland, les deux chefs d'œuvre de l'album, qui ressemblent à s'y méprendre à ceux de Wish you were here).
Les quatre morceaux de la version étendue sont bien représentatifs de l'esprit global de l'album. L'un d'eux, Ocean Cloud, avec ses près de 18 minutes est un titre dans la plus pure tradition progressive du groupe (qui n'est pas sans rappeler ce qu'il avait fait sur Brave), avec de longues montées en puissance, des ruptures de rythme, des mouvements distincts. Genie et The Only Unforgiving thing sont à l'inverse des balades pop, très mélancoliques. Et The Damage est un morceau pop rock, très Brit' pop, enlevé et agressif.
Lorsque l'on connaît très bien un disque, le réentendre avec des titres supplémentaires et une organisation différente peut désorienter. Mais les quatre morceaux complémentaires s'intègrent parfaitement dans la structure d'ensemble, ce qui n'est guère surprenant puisque l'opus avait été conçu ainsi dès l'origine.
L'album s'achève magnifiquement avec Neverland qui reste sans doute l'une des plus originales et des plus belles compositions du groupe.
Si vous aimiez Marbles en version courte, vous adorerez Marbles en version longue.