Le film repose à un scénario très simple : la vie d'une adolescente et sa lente et douloureuse "transformation" en femme. Il se trouve par ailleurs que cette adolescente est Marie-Antoinette, reine de France et femme de Louis XVI. Si ce dernier n'est point n'est pas capital, il n'est pas pour autant ni anodin, ni anecdotique. Il confère à l'histoire une autre dimension et une autre ampleur.
Autant le dire tout de suite, j'ai adoré le film, tout autant pour sa réalisation, que pour son rythme, sa photo, sa bande son et son traitement de l'Histoire (avec un grand H). Américaine, Sofia Coppola a peu se permettre une ½uvre exempte de tous les passages obligés et bienséants, qui auraient été ceux d'un scénario français parlant d'Histoire de France. Pas d'images complaisantes sur la Révolution, ni de vision caricaturale sur la Monarchie : simplement une restitution, somme toute très pertinente du contexte historique, basée sur le livre de l'Anglaise Antonia Fraser. Pas de jugements de valeur désordonnés sur la France de l'Ancien Régime, le sujet n'est pas là : il s'agit simplement de situer avec précision l'histoire d'une jeune femme, dans les dernières années du « Grand Versailles ». Les cinéastes français désertant les thèmes historiques, il nous fallait bien d'ailleurs le travail de base d'une Anglaise et l'inspiration talentueuse d'une californienne pour aborder le sujet « Marie-Antoinette » avec autant de liberté de ton que de brio.
A propos du "parcours" de Marie-Antoinette, le film insiste sur son déracinement et sur sa recherche désespérée d'une intimité, qui n'est pas de mise à Versailles. L'adolescente (14 ans à son arrivée en France, 19 ans lorsqu'elle devient reine) s'évade dans la frivolité et le champagne, l'amour de tenues extravagantes, avant de mûrir au fil des « épreuves » qui sont les siennes : donner un héritier au royaume avec un mari qui à certains problèmes à honorer sa couche, affronter les rivalités de la cour, connaître un véritable amour, passer de la popularité à la disgrâce, perdre un enfant, devenir un bouc émissaire. L'émotion passe immédiatement, par l'humour, la dérision ou des points de vue plus dramatique, ce qui prouve, entre autre, que le film est réussi.
Dans son fort intérieur, la reine ne rêve que d'une vie de « bergère anonyme» à la campagne, comme son mari ne rêve que de s'adonner à la serrurerie. Sofia Coppola trouve là le point qui lui permet de lier son histoire avec notre monde contemporain et les préoccupations universelles de l'adolescence. À l'évidence, elle dresse un parallèle entre la vie des stars d'aujourd'hui et celle des princes d'autrefois, précipités sur le devant de la scène avec autant de rapidité qu'il leur en en faudra pour redescendre sur terre. Le film, qui commence avec la « livraison » de Marie-Antoinette à Versailles (elle n'est qu'un « ventre », garant dune « alliance ») et s'achève sur le départ de force du Roi et de la Reine pour Paris. C'est au cours de cette ultime scène que l'adolescente s'efface définitivement pour laisser la place à une femme responsable, qui choisit son destin (rester plutôt que fuir) : celui de Reine.
Le film possède la même touche de "magie" que les deux premiers films de Sofia Coppola (Virgin Suicide et Lost in Translation) qui transforme un scénario a priori sans rebondissements en une histoire envoûtante, cela en s'attachant toujours au plus près au personnage principal.
La musique, tantôt classique pour camper l'histoire, tantôt résolument moderne (avec notamment les Français de Phoenix, pourtant boudé chez nous..) pour matérialiser les passerelles avec notre époque, rythme habilement le film, mais je crois que j'ai encore été plus frappé par les moments de silences où les simples bruits de la nature, qui accompagnent un bon nombre de scènes : Versailles c'est la campagne et c'est souvent très calme. Le tournage ayant eu lieu dans le château de Versailles, pas de problème du côté des décors, ni du côté de costumes d'ailleurs. J'ai été moins dérangé par la paire de Converse, placée en clin d'½il dans le placard à chaussure de Marie-Antoinette que par les Templiers caricaturaux de Kingdom of Heaven ou le scénario bricolé de Troy. Les acteurs, Kirsten Dunst et Jason Schwartzman sont quant à eux à la hauteur des ambitions du film.
Enfin, le fil se termine par un long plan fixe sur une grande salle du château de Versailles, ravagée par des "incivilités" (dirait-on aujourd'hui). Il y a plusieurs interprétations de cette image, j'en ai retenue une qui me plait bien...