Cette nouvelle livraison de la collection Héritage par Alia Vox appelle quelques commentaires. Malgré le packaging en 5 CD, il ne s'agit pas d'une intégrale mais de la réédition des enregistrements que Jordi Savall a consacré à Marin Marais sous le label Astrée entre 1975 et 1992. Nouveau témoignage de sa volonté de se réapproprier peu à peu l'intégrale de la musique qu'il a enregistrée tout au long de sa carrière.
Le 1er disque Astrée consacré à des pièces du Second Livre inaugurait la collection alors créée par Michel Bernstein : "Defence & Illustration de la Musique Françoise" : tout un programme... Avant même "Tous les Matins du Monde", Savall recréait en effet un art musical dont il venait à peine de découvrir toutes les potentialités grâce à une basse de viole française du XVIIème siècle qu'une comtesse lui avait confié. Depuis, Savall a donc quitté Astrée et fondé son propre label, Alia Vox, pour lequel il a re-enregistré toutes les pièces, augmentées de nombreux nouveaux numéros.
Faudra-t-il dès lors comparer les mérites respectifs des premiers accompagnateurs de Savall, les désormais illustres Tom Koopman, Christophe Coin et Hopkinson Smith avec ceux de Pierre Hantai, Philippe Pierlot et Rolf Lislevand ? Voire ceux des différentes prises de son ? Sans doute un peu, et le pouvoir de mémoire sera probablement le plus fort et le lustre de l'héritage particulièrement pertinent. Pourtant, plus intéressant est peut-être de comparer les programmes. Pour ne citer que deux exemples, ce n'est qu'en 2006 que Savall a enregistré l'intégrale de la Suite d'un Gout Etranger tirée du Livre IV. On ne trouvera donc que des extraits dans ce coffret. Pour le Livre Second, la suite en si mineur figure dans les deux programmes mais Alia Vox substituait en 2003 la Suite en Mi Mineur aux voix humaines et Folies d'Espagne.
Ces considérations ne doivent cependant pas masquer l'essentiel : cette réédition s'impose comme une évidence à tous ceux qui voudraient redécouvrir le miracle Jordi Savall-Marin Marais dans des conditions sonores que le commentateur précédent a bien raison de décrire comme déjà optimales, remastérisation SACD ou non. Mais si parler ici de "son" n'est pas si incongru, Savall nous ayant fait aussi redécouvrir celui de la viole de gambe française, c'est bien l'esprit d'un siècle et l'âme d'une musique que Savall défend aujourd'hui encore avec un pouvoir de recréation qui a définitivement gagné nos coeurs.
Le prix attractif de cette réédition, en regard des programmes Alia Vox postérieurs, et ce en dépit de minutages plutôt courts, n'est pas non plus à négliger.