Dernière collaboration achevée de Herrmann avec Hitchcock, avant leur brouille définitive à propos du "Rideau déchiré" (Torn curtain), la bande originale de "Marnie" nous offre toute la quintessence de l'art du compositeur arrivé à l'apogée de son style romantique, par cette partition épurée jusqu'à un certain classicisme, dont la puissance expressive demeure fascinante, encore aujourd'hui.
Herrmann excelle à suivre les méandres sinueux du psychisme de l'héroïne en proie aux fantômes de son passé. Une mélancolie sourde étreint l'auditeur tout au long de la partition, qui cependant ne manque pas de moments forts et intenses (notamment, la tentative de suicide dans la piscine, ou la chasse à courre).
Herrmann a réussi plus qu'un parfait complément au film d'Hitchcock : il en révèle une dimension que l'image et la mise en scène seules maintiennent à l'arrière-plan. En effet, la caméra nous montre de façon plus ou moins distanciée les réactions étranges de l'héroïne, laquelle demeurerait pour le spectateur assez antipathique si la musique, poignante et déchirante par moments, ne venait pas mettre en lumière l'humanité blessée de cette femme, finalement digne de compassion.
Ainsi, la musique d'Herrmann constitue véritablement un élément substantiel de la mise en scène elle-même, sans lequel le grand "Hitch" n'aurait jamais pu réussir ce film magnifique, qui demeure sans doute, de tous ceux qu'il a réalisés, le plus troublant.
Joël Mc Neely restitue parfaitement les intentions du compositeur, allant jusqu'à reprendre le tempo de la bande originale du film. Il saisit l'auditeur par la main et l'entraîne dans cette aventure psychodramatique palpitante. Et ce d'autant plus que le chef fait briller le splendide Royal Scottich National Orchestra jusqu'à l'incandescence, dans une somptueuse prise de son qui nous donne l'illusion de nous trouver dans la salle d'enregistrement.