Mars a longtemps fasciné les hommes, mais depuis que cette planète est à portée de l'Homme, l'intérêt des défricheurs de Futurs que sont les auteurs de SF s'est clairement déplacé vers des cieux plus lointains.
Sauf Kim Stanley Robinson pour qui cette planète représente une quasi-religion et qui a régulièrement consommé du « Mars » toute sa vie. Vous trouverez donc ici le résultat de cet amour, enveloppé dans une narration assez lente, du fait des nombreuses descriptions, mais n'ayant pas oublié l'aspect humain, trop humain de cette colonisation.
Car c'est bien de colonisation dont il s'agit, les USA et l'URSS (le roman est certes daté) ayant commissionné le Vaisseau Arès pour transporter 100 hommes et femmes accompagnés de toute la logistique nécessaire pour commencer la Terraformation de Mars.
Bien entendu ce sont les plus brillants de leur temps qui ont été sélectionnés parmi toutes les spécialités utiles à l'Aventure, vous imaginez donc bien le manque absolu de cohérence politique, économique et écologique de cet aréopage (surtout avec l'influence de l'URSS) !
Vous avez donc la recette d'un débat permanent entre 100 personnes peu suspectes de timidité ou de manque de confiance en eux sur un sujet qui, il est vrai, est d'ampleur : Quel avenir pour Mars ?
La terraformation semble être une évidence, mais lorsque vous vous appelez Ann Clayborne, que vous êtes géologue, qu'est-ce que Mars pour vous à part une immense réserve de merveilles géologiques en parfait état ! Et comment voyez-vous donc la progression des lichens, de l'humidité ou de l'oxygénation de l'atmosphère martienne autrement que comme des menaces sur la beauté des paysages originels martiens ?
L'indépendance politique éventuelle de Mars est également une question régulièrement débattue parmi les « Cents », elle oppose particulièrement Arkady Bogdanov, l'indépendantiste, contre Franck Chalmers qui soutient lui la nécessité d'une inféodisation à la Terre.
Mais la Terre change durant ces premières dizaines d'années, ses multinationales prennent de plus en plus de pouvoir, au point de dicter l'agenda politique terrestre et de poser de tout leur poids sur Mars, exacerbant les tensions politiques au point de déclencher la Première Révolution Martienne ! Viva La Revolucion !
Quant à la chair du roman, il faut reconnaître que si les personnages sont bien traités, que leurs amours, leurs détestations ont de profonds effets sur la politique martienne (le triangle amoureux Boone, Chambers et Maya Toitovna a-t-il contribué à l'assassinat du premier par le second ?), le sujet essentiel de Robinson reste Mars !
Entre les descriptions extensives de paysages, de méthodes de terraformation, de toute la science derrière ce monumental ouvrage, il est fort possible que des lecteurs se lassent. Pour moi, la fascination d'un tel réalisme, de cette prodigieuse sensation d'être vraiment sur un corps céleste étranger a gagné toute mon admiration et mon intérêt.
Il y aurait encore beaucoup à dire tant les sujets abordés sont légions, tout comme les personnages dont la diversité psychologique est remarquable, mais il n'y a pas de substitut à la lecture de ce livre. Allez-y donc, mais assurez-vous d'abord de votre intérêt pour cette étape potentielle de l'histoire humaine !