Avec ce second tome de la Trilogie Martienne, Kim Stanley Robinson poursuite sa description, aussi minutieuse que passionnante, de l'histoire de l'Humanité après la colonisation de Mars. Non seulement l'histoire des faits, mais aussi des idées dans des domaines aussi variés que les sciences, la technique, la politique, la sociologie, l'économie, l'histoire, la biologie ou même la sexualité.
Si ce genre de fresque très ambitieuse est souvent d'un ennui mortel, l'auteur échappe avec brio à tous les pièges du genre : collant toujours à la vision des personnages -il passe de l'un à l'autre au gré des chapitres-, il parvient à représenter de manière toujours crédible l'évolution de l'Histoire et des idées, sans aucun didactisme superflu, et surtout sans jamais ennuyer le lecteur. D'une incroyable érudition dans les domaines les plus variés, Robinson fait de plus preuve d'une impressionnante maîtrise littéraire : ses personnages ont beaucoup de relief et se révèlent très attachants, et les nombreuses intrigues et sous-intrigues qui s'entremêlent sont toujours passionnantes.
Jamais manichéen (il n'y a pas de vrais "méchants" dans le livre, tout au plus des opinions moins fondées que d'autres), jamais dogmatique (il ne s'inspire, par exemple, du marxisme que pour le détourner), Robinson échappe également au double piège de l'optimisme béat et du pessimisme : l'Histoire reste mouvementée et indécise, et lorsque des tendances positives se dessinent, elles ne triomphent jamais sans compromis.
Le seul véritable défaut de ce livre réside dans certains longs passages scientifiques parfois un peu ardus pour qui n'est pas familiarisé avec la discipline dont il est question. Certains termes techniques, notamment utilisés pour décrire le paysage martien, gagneraient notamment à être définis, mais comment faire autrement ?
Cela dit, ce défaut n'entame que rarement l'enthousiasme du lecteur, et les trois volumes de la trilogie Martienne restent de très grands livres de Science-Fiction, sans aucun doute les plus percutants, passionnants et pertinents que j'aie jamais lu. Une série qui serait sans doute reconnu comme une grande œuvre de littérature tout court, n'était le mépris trop souvent affiché pour ce genre ...