Martha Argerich venait d'avoir dix-neuf ans quand elle enregistra ce tout premier récital pour DG en juillet 1960 à Hanovre.
Le Scherzo n° 3 de Chopin, les deux Rhapsodies de Brahms et la Toccata de Prokofiev constituaient évidemment un programme idéal pour illustrer l'impétuosité de son talent prometteur, qui lui vaudra le 1er prix au Concours de Varsovie en 1965.
Si l'on osait formuler une critique, ce serait peut-être que la fougue véloce impressionne parfois davantage que la capacité narrative dont s'enrichira le tempérament artistique de la pianiste argentine : la Barcarolle n'est-elle pas encore trop impatiente, les "Jeux d'eau" trop peu suggestifs de l'atmosphère poétique qu'y fait bruisser Ravel ?
La lecture flamboyante de la Rhapsodie hongroise n° 6 et de la Sonate en si mineur (captée à Munich en 1971) rend cet album doublement indispensable en même temps qu'elle suscite un choix discographique cornélien, puisque ces légendaires interprétations lisztiennes sont aussi disponibles dans un album de la collection Galleria, couplé avec une non moins incontournable version de la Sonate n° 2 de Schumann.
Voilà un dilemmatique risque de doublon, mais quel mélomane amateur de clavier virtuose saurait le trancher ?