Pietro Torri (c.1650 - 1737): "Le Martyre des Maccabées", oratorio (entre 1707 et 1714).
D'abord la surprise : ce coffret présente l'oratorio en deux CDs, plus un DVD de l'oeuvre filmée dans l'église Saint-Loup de Namur, en juillet 2007 (j'y étais !), et excellement mis en image par la télévision belge. (Et, cerise sur le gâteau, la version audio n'a pas été enregistrée les mêmes jours que la version DVD, ce qui permet d'assez intéressantes comparaisons d'un même chanteur avec lui-même)
Pietro Torri, compositeur italien, d'abord maître de la musique de la Chambre, puis de la Chapelle, de Maximilien-Emmanuel de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas espagnols (la Belgique actuelle), a suivi son maître, excellent musicien lui-même, au gré des péripéties de la Guerre de Succession d'Espagne à partir de 1700, le prince-électeur de Bavière ayant choisi le parti de Louis XIV et devant reculer avec les troupes de celui-ci suite à leurs défaites successives, de Bruxelles, à Mons, puis Lille, Valenciennes, pour se fixer à Compiègne, jusqu'à ce que le duc d'Anjou, devenu Philippe V, n'accorde à Maximilien-Emmanuel le duché de Luxembourg et le comté de Namur où il s'installa après quinze années d'errance, avant de choisir de retourner à Munich. Ouf ! Et au milieu de ces déménagements en catastrophe de toute une maison princière, on ne cessait de faire de la musique, de donner des concerts, de représenter des opéras, de composer des oratorios pour les grandes fêtes religieuses. Sidérant, non ? D'où aussi le manque de renseignements sur la date exacte (entre 1707 et 1714) de la création de cet oratorio-ci, le premier oratorio en français.
Sur un livret assez habile quant à sa structure dramatique, attribué à François Passerat, comédien et poète d'abord au service du duc de Hanovre, puis de l'Electeur de Bavière, Pietro Torri, très au fait de la musique française de son temps (chaque tragédie en musique était créée à Bruxelles dans l'année qui suivait sa création à Paris) a composé une oeuvre exceptionnelle qui doit autant à la tragédie lullyste et à la tragédie sacrée de Charpentier qu'à l'oratorio italien, et sans qu'elle ait pour autant rien de composite. L'Europe musicale s'était faite dans cet esprit-là comme en beaucoup d'autres du XVIII° siècle. Des commentaires très compétents, signés Manuel Couvreur, et donnant tous les détails musicologiques souhaitables, accompagnent le livret de l'oratorio.
C'est Jean Tubéry, toujours à la recherche de raretés, qui dirige l'orchestre "Les Agréments", le "Choeur de Chambre de Namur", et d'excellents solistes parmi lesquels, Bruno Rostand, basse, en Eléazar, Alain Buet, baryton, en Antiochus, et François-Nicolas Geslot, haute-contre, en Jeune Maccabée.
Les amateurs de musique française "baroque" (car c'est majoritairement à celle-ci que cet oeuvre s'apparente) ne peuvent manquer cette découverte magnifique.