Ce tome comprend les épisodes 1 à 7 de la série (parus en 2011) qui en compte 12. Les épisodes 8 à 12 sont rassemblés dans
Bas les masques !. Toute la série est réalisée par Brian Michael Bendis au scénario (en abrégé BMB), et Alex Maleev pour les dessins et l'encrage. La mise en couleurs est réalisée par Matthew Wilson pour les épisodes 1 à 6, et par Matt Hollingsworth pour l'épisode 7. Pour se lancer dans cette histoire, il suffit de savoir que Moon Knight est l'identité secrète de Marc Spector qui estime avoir reçu un don de Konshu (une divinité égyptienne) et que la santé mentale de Spector est pour le moins sujette à caution. La précédente série de Moon Knight datait de 2009 :
Reconquête (épisodes 1 à 6) de Gregg Hurwitz.
Marc Spector s'est installé à Los Angeles et il exerce le métier de producteur de série télévisée, ce qui lui permet de bien gagner sa vie et de financer ses activités nocturnes. Il supervise la conception et la réalisation d'une série relatant les aventures Moon Knight. Toute son équipe s'accorde à dire que la qualité du résultat n'est pas fameuse, ce qui n'a aucune influence sur les bénéfices. Lors de la fête pour le lancement de l'épisode pilote, il doit s'absenter pour recevoir les instructions de Captain America, Wolverine et Spider-Man, sur le toit du bâtiment. Peu de temps après il intervient lors d'une transaction illégale sur un quai portuaire. Il arrive à faire échouer la transaction mais il ne récupère qu'une partie de la marchandise : la tête d'un robot Ultron (le corps est récupéré par un supercriminel non identifié). Son enquête va le conduire à croiser Echo (Maya Lopez) et Sheoke Sanada (Snapdragon, une supercriminelle). Il va également recruter Buck Lime comme consultant technique pour la série télé (Buck est un ancien agent de l'agence de contre-espionnage SHIELD). Tout au long de l'histoire il bénéficie de l'aide de Spider-Man, Wolverine et Captain America qui sont des inventions de son imagination.
La précédente collaboration de BMB et Maleev sur un superhéros Marvel datait de 2009/2010 avec
Spider-Woman (Agent du SWORD) où les illustrations de Maleev volaient la vedette à un scénario poussif de Bendis. Ce tandem s'est connaître en réalisant des épisodes mémorables de Daredevil, à commencer par
Underboss.
Rapidement, le lecteur prend conscience qu'Alex Maleev a souhaité recourir à un style plus simple que sur ses travaux antérieurs, ou en tout cas plus traditionnel. En particulier il délaisse l'infographie et réalise les décors de manière traditionnelle, et il ne prend pas en charge les couleurs. Il est visible également qu'il souhaite rendre hommage aux épisodes dessinés par Bill Sienkiewicz, plutôt dans sa deuxième période. Il n'imite pas Sienkiewicz, lui-même en train d'imiter Neal Adams (comme dans
Countdown to dark) ; il s'inspire plutôt du style rugueux de Sienkiewicz tel qu'on peut le voir dans
Essential Moon Knight 2. On reconnaît facilement le style de Maleev, en plus épuré, avec un encrage plus acéré, une capacité surnaturelle à rendre tous les dialogues visuellement intéressant, et une apparence globale très adulte proche de l'ambiance d'une série télé dans l'esprit, éloigné des poncifs habituels des séries de superhéros. Le lecteur voit des adultes évoluer sous yeux, plutôt que des adolescents hyperactifs.
Si l'aspect visuel reste intéressant, il est moins passionnant que dans "Spider-Woman" ou
Scarlet (L'indignée). Bendis semble avoir suivi la voie inverse de Maleev en revoyant son approche narrative pour proposer un ton original, lui aussi éloigné des comportements parfois trop juvéniles des superhéros. Il s'appuie sur une intrigue basique d'objet de pouvoir (la tête d'Ultron) tombé par hasard aux mains de Moon Knight, avec un mystérieux commanditaire qui recourt à des mercenaires pour la récupérer. À la fin de ce tome, son identité est révélée et la première confrontation contre Moon Knight a lieu en bonne et due forme. Il insère des références pointues à l'univers partagé des superhéros Marvel, à commencer par le personnage de Moon Knight qui tombe régulièrement dans l'oubli. Le fin connaisseur du parcours de Bendis reconnaîtra sans effort Maya Lopez, apparue pour la première fois dans une histoire de Daredevil (
Tranche de vide) et régulièrement utilisée par Bendis de manière discrète dans les Avengers (à commencer par
Secrets et mensonges). Ils font d'ailleurs une courte apparition dans le salon de leur manoir, avec une conversation drôle et enlevée entre Maya Lopez et Carol Danvers qui pourra rappeler une autre conversation entre Carol Danvers et Jessica Jones (dans
Alias). Il y a donc cette mention du SHIELD au travers du personnage de Buck Lime (avec une référence à la période de dissolution de cette organisation lorsque Norman Osborn a pris sa direction), et des supercriminels qui gagnent à être oubliés qu'il s'agisse de Snapdragon (apparue pour la première fois dans Marvel Fanfare 12 en 1984), ou pour le summum de l'insignifiant Tick-Tock (un ennemi de Spider-Woman et des West Coast Avengers).
Bendis s'amuse donc à mettre en scène des personnages préexistants, à l'envergure nulle et pathétique. Cela pourra titiller l'expert en univers Marvel, mais à ce niveau d'insignifiance de ces personnages, ce n'est même pas sûr. Par contre dès la scène d'ouverture, la narration de Bendis dévoile d'autres ambitions. Elle met en avant l'un des thèmes principaux du récit : les apparences trompeuses. Cette scène semble être un simple rappel des origines de Moon Knight en 5 pages. Il s'agit d'une synthèse efficace, mais aux dialogues qui sonnent faux et gnangnans. La sixième page explique cette maladresse : il s'agit en fait d'un extrait de série télé destinée à un large public, donc à la narration sciemment téléphonée pour être sûr de ne pas perdre de téléspectateurs en route (il ne faut pas que ce soit compliqué à suivre). Avec cette première scène, Bendis joue sur les faux-semblants, rappelle les origines de Moon Knight et se moque des a priori réducteurs des producteurs de télé. L'esprit en éveil du fait de cette entourloupe, le lecteur se doute bien que la scène suivante entre Moon Knight et les 3 autres superhéros est trop belle pour être honnête. Mais Bendis ne s'arrête pas à jouer sur les visions de Spector, il montre comment ces hallucinations font de lui un individu particulièrement efficace. Au fil des interactions de Spector avec Maya Lopez, Buck Lime et les autres, ces hallucinations ne sont plus les symptômes d'un désordre mental, mais peut-être la preuve d'une adaptation psychologique à une situation nouvelle et complexe.
Le lecteur retrouve également le dialoguiste à la forte personnalité que peut être Bendis. Il sait aussi bien développer une tirade vive et enlevée (Sheoke Sanada rappelant la lettre de mission à ses troupes), que des échanges acérés entre interlocuteurs qui transmettent de l'information, tout en révélant l'état d'esprit des individus. Ces dialogues transforment une histoire de superhéros de troisième zone, en une comédie drôle et enjouée (à condition de ne pas être allergique à ce type de dialogues).
Si vous êtes venus chercher une bonne histoire de superhéros avec superpouvoirs, supercriminel infâme et crédible, et débauche d'effets spéciaux, il y a fort à parier que vous serez déçu par cette histoire aux enjeux très relatifs. Si vous souhaitez vous repaître des illustrations riches et sophistiquées d'Alex Maleev, vous aurez la surprise (et peut-être la déception) de constater qu'il utilise un style plus conventionnel que d'habitude.
Lire la suite ›