"Mask" est le deuxième album officiel des Bauhaus, chefs de file du Goth-rock -on dit aussi "Batcave"-anglais. Emmené par le (très) maigre et (très) blafard Peter Murphy, chanteur expressionniste hanté par (en vrac) David Bowie ou Bela Lugosi, ce groupe s'est fait connaitre par un premier album en forme de manifeste. Le second prend un virage surprenant, sous haute influence "dub" , voire "dance" et "post-punk" (dans un esprit proche de A Certain Ratio ou Gang Of Four). Introduit par le très bon "Hair of the dog", une chanson acérée sur les lendemains difficiles ("The man who was mercilessly tortured by thoughts / Kept on thinking"), l'album poursuit sur deux ballades (slows ?) romantiques et torturées, avant d'entrer délibérément dans l'expérimentation "dance" à partir du bien nommé "Dancing" : l'usage étonnant des effets d'écho-dub, allié à la basse énergique de David J et aux rythmiques hypnotiques du très inspiré Kevin Haskins, créent une musique gorgée de groove, mais habitée par une sorte d'angoisse retenue, de colère prête à exploser à tout moment. Bien qu'il contienne aussi des chansons aux ambiances dramatiques d'une rare noirceur ("Hollow Hills"), l'album n'est pas exempt d'humour (écoutez les paroles de "Of Lillies and remains"), ni d'une sorte d'insolente grandeur. Autant de qualités en un seul disque, c'est assez rare pour être noté : 5 étoiles, donc.