Bernstein « Mass »
Leonard Bernstein, chef d'orchestre et compositeur bien connu, était de son vivant LA grande vedette de la musique classique américaine. C'est donc bien naturellement à lui que la fondation Kennedy a commandé une « Messe » à la mémoire du président assassiné, qui était catholique ne l'oublions pas.
Une oeuvre plutôt incomprise, une « Messe » qui, qui à part quelques rajouts plutôt luthériens comme chez Bach, et surtout le final (surprenant, mais ce ne sera que la dernière des surprises) respecte le texte de la messe catholique officielle avec son Kyrie Gloria Credo etc.
Mais là, grosse surprise, ça n'a rien d'une messe.....Eh pourtant en y regardant bien !
Ecriture foisonnante, d'une grande inventivité rythmique, patchwork de style divers, qui nous promène entre la musique sacrée occidentale classique, le gospel, la musique latino-américaine genre Missa Criola, le sérialisme à la Schonberg, le jazz, le rock, j'en oublie, et bien sur du pur Bernstein à la West Side Story. Wah !
Un fourre-tout grand spectacle, une cacophonie servant le nombrilisme du compositeur diront certains, Oh que non ! Cette oeuvre demande à être écoutée et réécoutée à tête et oreilles reposées. Au-delà des premiers plaisirs et agacements que l'on peut ressentir en reconnaissant tel ou tel style de musique ou tel ou tel tic d'écriture on découvre une oeuvre dont la diversité clinquante cache la profondeur, et je dirais même, la spiritualité.
Essayons de nous y retrouver :
Au centre, un récitant, célébrant bien évidemment dans le pur style protestant américain, la Loi et l'Ordre, on l'imagine facilement animant des choeurs gospel dans une église baptiste du sud profond ou télé évangéliste.
A ma droite, un choeur académique, au son bien léché, aux harmonies classiques bien de chez nous.
A ma gauche, un « Street Chorus » brut de décoffrage, on visualise assez bien les jeunes de banlieue, les rappeurs.
Chacun des deux choeurs chante d'abord séparément, puis chacun tente de prendre le dessus sur l'autre, les rythmes se superposent, le récitant tente de garder le contrôle de la situation mais y parvient de moins en moins, ça tourne à une apparente pagaille. Hé puis vers la fin émerge le chant de la liturgie juive qui ramène le calme et apaise tout le monde !
Une oeuvre finalement profondément américaine et remarquablement construite, dont le texte de messe catholique n'est apparemment qu'un prétexte, alors qu'il en est une dimension parmi d'autres, une oeuvre dont le soi-disant fourre-tout nous parle en fait, selon mon ressenti, du melting pot américain, de la lutte des classes, du choc des civilisations cher à Huttington, et de la spiritualité juive qui, du point de vue personnel de Bernstein, doit ramener la paix dans notre monde.
C'est probablement la plus personnelle des oeuvres de Bernstein, et peut-être aussi, hasardons ce jugement, celle qui, plus que d'autres plus faciles d'accès mais au succès peut-être éphémère, survivra le mieux aux modes et au temps.
Je ne connais pas les autres interprétations et ne peut donc les comparer.