Matrix est certes plus qu'une « formidable machine commerciale », mais c'est d'abord parce que ce film aura été cette machine commerciale que nos bons intellectuels, ici Badiou en tête, se seront très tardivement et soudainement rendu compte que la science-fiction bien choisie (et bien lue ou bien regardée, selon le support) a toujours été autant, sinon moins, une machine à distraire qu'une machine à philosopher. Du reste, et de ce point de vue (et tous médias confondus), Matrix n'est d'ailleurs ni le plus abouti ni le plus puissant des exercices de « philosophie-fiction », juste le plus commercialement rentable, n'en déplaise aux auteurs de ce petit opuscule. Seulement, hormis quelques trop rares précédents (dont Deleuze), ces mêmes intellectuels s'étaient plutôt montrés méprisants à l'égard du genre, notamment littéraire, sur lequel ils entendent à présent nous offrir, avec une guerre de retard, leur pédantesque et condescendante lecture philosophique. Oyez bonnes gens ! Badiou, redescend dans la caverne nous annoncer que les auteurs de science-fiction seraient capables de penser en sus de divertir le bon peuple ! Ah, merci Alain, parce que, grâce à vous, lire et voir de la SF seront maintenant des activités intellectuellement correctes...