Dès la première séquence on est heureux de retrouver la "couleur" Almodovar. L'appartement d'Enrique affiche sans complexe les rouge, bleu, vert, éclatants que l'on trouvait déjà dans "Talons aiguilles" par exemple, et qui sont une constante esthétique du réalisateur.
Suite logique (et définitive?) de "La loi du désir" dans le registre du transformisme et de la pédérastie, portée jusqu'à sa phase ultime (il n'y a pas de femme dans "la mauvaise éducation"), au sein de la littérature et de la cinématographie, ce film est à rapprocher inévitablement du chef d'oeuvre de David Lynch "Mulholland drive" : un couple du même sexe, un film en préparation, un échange d'identité, etc.... mais là où Lynch faisait rêver en intriguant, Almodovar enfonce le clou de la perversité mentale puisqu'Ignacio, qui veut se faire appeler Angel et jouer le rôle de Zahara, est en réalité Juan, le frère d'Ignacio, dont il exploite le fonds de commerce pour ses propres ambitions.
A coups de flash-back et de films dans le film, le spectateur cherche ses repères et ne les trouve jamais. Il y a une scène qui est révélatrice de cet imbroglio : Enrique et le faux Ignacio se trouvent dans une sorte de musée de masques ricanants. Et à la question de l'un "De qui se moquent ces masques?" l'autre répond "Ils se moquent de nous!".
Si l'on ajoute à celà la transsexualité, le recours à la drogue, au chantage et au crime, on obtiendra une vision de l'amour adulte qui, en opposition à la juvénalité des idylles enfantines cassées, tombera forcément dans la caricature, même si la flamboyance des images et la beauté diabolique de Gael Garcia Bernal servent à faire avaler la pilule, très en retrait du langage sublimal de David Lynch.