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Révolutionnaire, la musique de Tricky est une des plus audacieuses de la fin du XXe siècle et
Maxinquaye, un pavé jeté dans la mare du trip hop inventé à Bristol. Carrément. Et bien malin celui qui pourrait prétendre le contraire, échapper au pouvoir hypnotique de ce chef-d'oeuvre sombre auquel on revient sans se faire prier, sans arrêt. A l'image de son créateur,
Maxinquaye est grinçant, claustrophobique, atmosphérique, sexuellement chargé, parano, insaisissable. Rebutant ? Pas du tout car authentique jusqu'au bout des ongles. Pas une seule seconde Tricky ne songe à se dérober. Il ne triche pas, préférant se mouiller là où d'autres se seraient dégonflés. Martina, sa muse, prête sa voix aux samples - "Hell Is Round The Corner" transpire la sensualité par tous les pores - et les ambiances se bousculent au portillon des influences sublimées : Portishead sur "Ponderosa", Public Enemy sur "Black Steel" et Massive Attack sur "Karmakoma". A écouter en boucle.
--Philippe Robert
Critique
Baptisé en hommage à sa mère Maxine Quaye, disparue alors qu’il n’avait que quatre ans, le premier album de Tricky sort en février 95, quelques mois à peine après la parution de
Protection de Massive Attack et de
Dummy de Portishead. Caractéristiques du fameux « son de Bristol », dont on parle tant à l’époque, les douze morceaux de ce chef-d’œuvre révèlent une maturité peu commune pour un artiste dont ce sont les premiers pas en solo. Si l’on retrouve sur
Maxinquaye les influences du hip-hop, de la soul et du dub, c’est dans un brassage très personnel, loin de toute facilité.
Maxinquaye s’ouvre avec
« Overcome », morceau hypnotique où l’on découvre la voix si particulière de Martina Topley-Bird, sensuelle et nonchalante : elle porte l’ensemble de l’album, alternant douceur et rage. Plus discret vocalement, Tricky murmure plus qu’il ne chante, dans un style qui rappelle parfois le
talk-over à la Gainsbourg. Deux autres chanteuses ont participé à
Maxinquaye : Alison Goldfrapp, bien avant qu’elle ne rencontre le succès avec Goldfrapp (le duo qu'elle forme avec Will Gregory), et une certaine Ragga, disparue de la circulation depuis. Ces voix contribuent largement à créer l’ambiance charnelle qui baigne des morceaux comme
« Aftermath »,
« Suffocated Love »,
« Feed Me » ou
« Hell is Round the Corner », où Tricky reprend le sample d’Isaac Hayes utilisé par Portishead pour leur tube
« Glorybox ». Beaucoup plus énergique,
« Black Steel » est une reprise surprenante de Public Enemy en version punk-rock.
Sur certains morceaux, le climat se fait parfois plus menaçant : les paroles de
« Ponderosa » évoquent dans un chaos de piano désaccordés la folie de l’artiste, tandis que
« Strugglin’ », chanson paranoïaque ponctuée de déclics de revolver, plonge l’auditeur dans un univers sombre et inquiétant qui annonce déjà les albums suivants. Premier pied-de-nez de cette tête brulée au trip-hop, étiquette derrière laquelle il ne se reconnaîtra jamais, le premier album de Tricky est sans conteste l’un des chefs d’œuvre des années 90, lecture très
british du hip-hop et de la musique électronique.
Thomas Henry - Copyright 2012 Music Story