C’est un jeune homme un peu timide qui, sur scène, s’entoure de quelques guitares, et autant de pédales d’effet, pour conter des histoires de tous les jours et de tous ses jours (comment vivre dans un studio d’enregistrement, et ne pas devenir fou), ou distiller des commentaires sur l’aventure spatiale américaine («
Lost in Space »).
C’est un premier 45 tours, dont le format désormais militant, n’interdit pas que la chanson soit goûtée sur certaines ondes perspicaces (Radio Nova, en l’occurrence). C’est un guitariste qu’on a apprécié aux côtés de Bertrand Burgalat et au sein d’A.S. Dragon, puis en sessionman chaleureux chez Lio, Alain Chamfort, ou Vincent Delerm. C’est un Suédois qui a des lettres françaises, accompagnant Michel Houellebecq lorsque l’écrivain se lance dans la ritournelle, ou Marie Modiano quand cette dernière délaisse les plateaux de cinéma. C’est un musicien qui laisse des traces, avec un premier album (
Going To Where The Tea-Trees Are) paru en 2006.
C’est peut-être, aussi, une modeste famille européenne, puisqu’on retrouve ici, outre le tendre et déchirant violoncelle de Daniel Fjellström, les mots (pour six chansons), et la voix de choriste de Marie
derechef Modiano. C’est l’amitié (on le suppose…) d’un multi-instrumentiste prodige, un certain Christoffer Lundquist (également co-réalisateur, et dans l’atelier duquel a été concocté l’album), sautillant avec malice des claviers à la basse, en passant par les saxophones, la flûte, et les carillons, mais toujours avec un talent et une discrétion impressionnistes.
Et c’est donc un deuxième effort (qui porte le même titre que l’un des premiers textes de l’écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, mais on dira que ce n’est pas exprès, et qui est synonyme en France de 1
er mai, mais ce n’est pas exprès non plus), toujours calfeutré dans la glace d’une inspiration scandinave, mais tout de même chaleureuse, et gracile, et sophistiquée, et mélodieuse. Compilant la saveur d’un talent original, avec la luxuriance des climats sonores toujours changeants.
En ouverture,
« Parliament », sur un rythme directement hérité des très riches heures de la soul de Philadelphie, s’octroie les vagues incongrues de cordes et cuivres rayonnants, et la sanction fuse : nous avons ici affaire à un mélodiste.
« Dust Of Heaven » renvoie aux expérimentations de fin de règne des Beatles (et l’usage qui en est fait des harmonies inversées n’est pas sans rappeler
« I’m The Walrus »), alors que
« Forgotten Garden » plonge l’auditeur dans la délicatesse d’une ballade en apesanteur, où les chœurs rebondissent sur une batterie de poche. Plus loin, on s’initie aux déhanchements groovy (
« Carrier Pigeon »), ou aux vertiges pop (
« Moonshot Falls »). Mais la grande aptitude de Von Poehl reste dans ces ballades nostalgiques, ou mélancoliques, ou amères, ou les trois, dans lesquelles le Suédois déploie (
« Mexico »,
« Silent As Gold ») la richesse d’une musicalité sans affèterie.
Et on retrouve dans
May Day une délicatesse prodigue en cordes (naturellement acoustiques), qui faisait la saveur d’une pop des années soixante-dix pas encore grevée par les convenances, et un sens inné des symphonies de poche, et des œuvres chorales. Ce qui reste naturel pour un artiste qui professe une passion incommensurable pour les chants de Noël scandinaves (sic). Et qui s’offre, dans une inspiration toujours changeante (un orgue liquide ici, quelques soupçons de banjo là) grâce à ses vertus d’artiste à la voix éthérée (on pense naturellement à Donovan), et qui se souhaite folk singer et troubadour moderne. Aux antipodes du message de détresse en usage dans l’aviation,
May Day, le beau mois de mai.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story