De ce ballet créé par le Royal Ballet en 1978, il existe déjà en DVD un enregistrement de 1994 (avec Irek Mukhamedov et Viviana Durante). J'ai déjà dit dans mon commentaire sur cette première version le mal que je pense du livret touffu du Gillian Freeman, avec sa trentaine de personnages. Au delà de la difficulté de suivre l'action sans connaître le livret, cela ajoute l'énorme inconvénient que la plupart des protagonistes ne font qu'une brève apparition, et n'ont qu'une seule danse pour faire vivre leur personnage. Certes, MacMillan est un grand chorégraphe, et le spectacle est rempli d'excellents passages, malheureusement noyés dans un ensemble d'intrigues et de sous-intrigues assez fastidieuses.
Par rapport à la version de 1994, on note de grosses améliorations :
- l'image (en haute définition) est beaucoup plus précise,
- le spectacle est bien mieux filmé, sans les gros plans inutiles et les cadrages tarabiscotés qui polluaient la première version,
- certains rôles sont tenus avec un brio très supérieur (Steven McRae dans le rôle de Bratfisch, Sergei Polunin en officier hongrois...)
De façon générale, la plupart des rôles importants sont très bien dansés, et soutiennent la comparaison avec la version de 1994, même si le style des danseuses est différent :
- Iohna Loots (princesse Stephanie) est excellente dans son long et très acrobatique duo de la nuit de noces,
- la très élégante Sarah Lamb (comtesse Larisch) surpasse la grande Lesley Collier (alors en fin de carrière),
- Laura Morera (Mitzi Caspar) est tout aussi convaincante que la belle Darcey Bussell...
Il n'y a guère que pour le couple principal que la nouvelle version n'égale pas l'ancienne. Edward Watson et Mara Galeazzi ne déméritent jamais, mais n'ont pas le charisme ni les exceptionnelles qualités techniques d'Irek Mukhamedov et Viviana Durante. La version de 1994 séduisait par le contraste entre la puissance brutale de Mukhamedov et l'extrême souplesse de la très légère Durante ; cela donnait à leurs duos une fluidité extraordinaire, où les danseurs pouvaient s'abandonner totalement. En 2009, le couple est plus équilibré physiquement, et Edward Watson ne peut pas prendre un total ascendant physique sur sa partenaire, en faire sa « chose ». Autant Mukhamedov est puissant et massif, autant Watson est mince et presque émacié : ils ne peuvent donc interpréter le même personnage. Quand Mukhamedov montre un tyran dominateur, à la folie flamboyante et noire, Watson nous propose un personnage fragile, nerveux à l'extrême. Peut-être est-ce plus fidèle à l'Histoire (je n'en sais rien), mais c'est aussi plus banal.
En résumé, cette nouvelle version est au même niveau que celle de 1994 pour la danse (un peu moins bonne pour les deux principaux personnages, un peu meilleure pour les autres), mais elle est très supérieure pour la qualité de l'enregistrement, et c'est pour ce progrès visuel que je lui accorde une note de « quatre étoiles », pour l'agrément sans pareil que donnent au spectateur des images vraiment somptueuses.