On cite souvent "The queen is dead" comme étant le chef-d'oeuvre des Smiths. Certes. Encore faut-il ne pas occulter la grandeur propre de ce second album, paru un an auparavant (1985), qui se révèle encore aujourd'hui une pure merveille étincelante. Des titres comme " I want the one I can't have" (ce titre, oui...), "That joke isn't funny anymore", "Well I wonder" ou "Meat is murder" sont inépuisables, d'une richesse infinie, d'une beauté, d'une poésie immortelles. La verve littéraire un rien caustique de Morrissey, ses vocalises haut perchées sont encore transportées plus haut, sublimées qu'elles sont par les phrases de guitare magistrales et incandescentes de Johnny Marr, ici très inspiré et sans cesse inventif. Certains morceaux (surtout "Meat is murder") comportent des sonorités littéralement inouïes, lesquelles nous ouvrent de nouvelles dimensions, nous défrichent de nouveaux paysages musicaux. Mais le plus extraordinaire, c'est cette intimité que l'on peut entretenir avec cet album, comme avec les Smiths en général, cette complicité rare, qui en faisait nos confidents, nos compagnons privilégiés, nos frères. Un album par trop méconnu, un groupe trop tôt oublié (sauf par une poignée d'inconditionnels...), que les amateurs de, au hasard, Radiohead, feraient bien de redécouvrir post mortem. Puisse cette chronique ne point demeurer lettre morte...