Une pochette verdâtre, liquide, sans titre ni nom de groupe... On ouvre, et tout l'intérieur est occupé par une photo en buste des quatre musiciens habillés de noir sur fond blanc, regard vide et absent, comme sous l'effet de...
Et la musique ? Ca commence très bien avec "One Of These Days", un premier morceau instrumental, électrique, étonnant; pas très long (à peine six minutes), mais en plusieurs parties : au commencement est le vent, puis la basse fait son entrée avec un thème répétitif, ensuite la musique s'emballe dans une suite rythmique avec guitare électrique et fusées "organiques", jusqu'à ce que de drôles de saccades soniques viennent jeter le trouble, telle une machine étrange et déréglée, sur un fonds de bruits divers (cloche et autres sons indéfinis), et c'est la fameuse intervention de Nick Mason, voix transformée, monstrueuse, qui déclame : "one of these days, I'm gonna cut you into little pieces..."; s'ensuit le solo de guitare enlevé et rythmé de David Gilmour qui finit par s'éteindre, recouvert par le bruit du vent, et le morceau se termine comme il avait commencé... Une des meilleures compositions du groupe. "A Pillow Of Wind" ensuite, somptueuse ballade psychédélique planante, un tapis de guitare acoustique moelleuse sur lequel vient se poser la voix douce et nonchalante de Roger Waters... "Fearless", un morceau acoustique encore mais un peu plus dynamique que le précédent, avec en final le coeur des supporters de Liverpool; "San Tropez", jazzy, cool et chaloupé, une chanson un peu décalée par rapport au reste du disque...
Enfin on arrive à la pièce maîtresse de l'album, "Echoes", qui occupe toute la deuxième face du vinyl : une longue (vingt-trois minutes) suite caractéristique de Pink Floyd (voir "Atom Heart Mother", "Dogs" ou encore "Shine On You Crazy Diamond").
Ce morceau, en plus d'être terriblement envoûtant et inspiré, est vraiment splendide, et parfait dans sa construction "en miroir" : introduction que précèdent des goutelettes électroniques, entrée du chant sur une magnifique mélodie mélancolique, avant la très longue section instrumentale, qui nous emmène loin, jusqu'à l'inquiétant passage central qui est un paysage sonore dénué de mélodie, où l'on se retrouve dans un ailleurs, une sorte de "domaine de l'ombre" peuplé d'oiseaux noirs et où résonnent d'étranges et effrayants sifflements... Retour progressif de la mélodie, avec des effets inouïs de guitare électrique notamment, puis retour du chant, et enfin longue coda instrumentale avec une curieuse envolée finale de choeurs électroniques s'évanouissant dans les airs...... Ainsi se referme cette somptueuse composition qui donne la part belle aux claviers de Rick Wright.
Une des très grandes réussites du groupe, un sommet.
Cet album mémorable (au son limpide comme tous les albums de Pink Floyd), après un "Atom Heart Mother" tout aussi mémorable et construit sur le même modèle (mais sensiblement différent, surtout en ce qui concerne le morceau long, débordant d'invention et figurant à l'inverse de "Echoes" sur la première face du disque), sera suivi d'autres tout aussi célèbres : "Dark Side Of The Moon", le chef-d'oeuvre du groupe et l'un des plus grands disques du 20ème siècle, "Wish You Were Here", peut-être l'album le plus représentatif, le plus "floydien" du groupe, et "Animals", le dernier des années 70, la décennie des flamands roses ("The Wall" appartenant bien, avec sa production un peu lourde et tapageuse et malgré la date de sa réalisation, aux années 80), avant que R. Waters enfonce par trop le groupe dans son propre désespoir (par contre, les albums ultérieurs sans lui seront loin de posséder l'envergure et le génie de ceux des années 70). Forcément indispensable !