Medulla en anglais signifie "moelle". Cela vous le saviez.
Ce que vous ne saviez pas, c'est ce que Björk peut faire et composer pour la moelle de la musique.
Que font les tribus sans instrument, que faisaient-elles avant la flûte, le tambour, la lyre?
Dépouillement absolu. Seulement la voix, des voix (Le Choeur Islandais, les percussions labiales et vocales époustouflantes de Razel, l'usage des respirations), et sur "Desired Constellation", un synthé très discret pour donner une ambiance cristalline et d'une douceur infinie.
Le synthé réapparaît sur "Mouth's cradle". Quelques notes de piano, ou un trombone ...humain.
Alors bien sûr, Björk va extrêmement loin dans les expérimentations, certains trouveront tel titre polyphonique mal composé (!), faux. Elle connaît la musique Björk, c'est la liberté, et elle a sûrement écouté la musique dodécaphonique, et certains chants japonais shintoïstes. Cela reste cependant très doux. L'atmosphère de l'album est tantôt floconneuse, tantôt liquide, tantôt de cristal. Le lyrisme n'est pas absent, et on a droit en prime à un chant islandais médiéval "Vokuro".
On reste toujours entre une pop en quête d'absolu, plus exigeante que jamais, pas loin de polyphonies médiévales sacrées "Vokuro", "Pleasure is all mine" tandis que Celle-qui-sait-tout-chanter-et-tout-composer et dont-on-doit-prononcer-le-nom ose l'a capella avec maestria "Show me forgiveness", "Sonnets/Unrealities XI"
Plus pops: "Where is the line" (Razel entre en scène et plus rien ne l'arrête), avec le Choeur Islandais, "Who is it", "Oceania", "Mouth's cradle"
Öll Birtan, avec la voix sur plusieurs pistes en contrepoint de Björk, ne devrait pas dérouter.
Expérimentaux au possible: très début 20e "Submarine" avec le Choeur Islandais, et "Ancestors", avec un léger piano et des vocalises années 1910-1920 à la Alban Berg, "Midvikudags"
Totalement pop et lyrique: "Triumph of a Heart", mais ne cherchez pas de boîte à rythmes, ni de synthé. Björk a cherché tout ce qu'il était possible de faire à plusieurs a cappella.
Cet album est impossible à approcher si on attend que Björk cesse sa quête (dans "Volta" elle continue, cf. "Earth Intruders", "Pneumonia", "Vertabrae by vertabrae", "Declare independance" complètement punk, le morceau avec les sirènes de bateau mixées) et cherche la facilité.
Plus difficile que "Selma's songs", Björk nous fait découvrir et nous encourage à explorer la musique sans réserve, de manière téméraire et sans compromis.