Ok, le blues c'est avant tout une affaire américaine. Ceci étant dit, et après avoir découvert l'extraordinaire voix de Colette Magny
dans un superbe album de berceuses du monde entier, j'ai fait quelques recherches pour atterrir sur "Melocoton", en promo qui plus est, et j'ai été littéralement séché par ce personnage : quel swing, quelle profondeur, quel timbre grave et profond !
En plus -et ce n'est certainement pas pour me déplaire- ça sent le subversif à plein nez, et après écoute on ne peut que constater les origines prolétaires de l'artiste : une chanteuse engagée, créative et poétique, et pas une simple interprète blues. Avec des inspirateurs tels que Verlaine, Rimbaud, Louise Labbé, Hugo, un gout prononcé pour la révolution, le tiers-mondisme et les mouvements ouvriers, le "pachyderme féminin", comme elle se définissait, ruait dans les brancards à grands coups de trompe.
Tout le monde en prend pour son grade : du sacro-saint argent au monde politique en passant par la mort plus ou moins lente des peuples du Sud ou encore les désastres écologiques, à une époque où c'était assez peu à la mode et peu "compensé-carbone" (l'album date de 1963). D'ailleurs, son style ne lui a certainement pas permis de tenir le haut du pavé, peut-être parce que justement elle ne maniait pas les mêmes, de pavés (oui, il faut suivre...). Et même si on n'est pas d'accord, on ne peut que se réjouir d'être en présence d'un vrai artiste engagé.
Un album à explorer, à déguster, et d'une dimension clairement intemporelle et universelle. Une artiste relativement confidentielle (très peu diffusée à la radio bien entendu), décédée en 1997 dans l'indifférence générale (dans un hospice), et qui vaut pourtant largement le détour.