Jusque là Blonde Redhead était un groupe que l'on aurait pu qualifier de tranchant et aiguisé car leur musique faisait appel à des sonorités auxquelles ces adjectifs, une fois conjugués, collaient bien. Tout comme acéré, aigu, et crispant, parfois. Leur interêt pour la mélodie et la beauté décharnée était tout au plus marginal.
Les choses changent assez radicalement avec cet album. La réunion de crise qui les a poussés à s'interroger sur leur véritable identité a porté ses fruits, de même que leur habitude d'écouter tous les soirs avant d'aller se coucher des berceuses et des disques de Serge Gainsbourg. Il n'est dès lors plus question d'essayer de produire des contrefaçons plus vraies que nature de groupes plus importants que le leur (Fake can be just as good) : désormais, ils trouveront leur propre voie (voix) et la suivront, déclarèrent t'ils alors à l'unisson, avec conviction et d'un ton ferme n'admettant aucune contestation.
Bon choix : capable d'atteindre par instants des sommets de beauté sur un fil, flirtant avec l'électro pop dansante beaucoup plus qu'avec la noisy pop, il est empreint d'une personnalité unique et marque le véritable envol du groupe. La voix de la chanteuse n'est ici jamais exaspérante et celle du chanteur est toujours emballante, suave et rassurante. Les guitares conservent leur personnalité et se font accompagner de sonorités électroniques du meilleur goût.
Ce disque est sans aucun doute le meilleur du groupe, il trouve un juste milieu entre mélodies et sonorités sucrées et mélodies et sonorités tranchantes (alors qu'elles finiront par la suite par être simplement rasoir).