Mémento. Souviens-toi. C'est justement ce qu'essaie - en vain - de faire le héros du film éponyme. Car Léonard Shelby a des problèmes de mémoire immédiate : ce qu'il a dit, ce qu'il a fait ou même pensé quelques minutes plus tôt peut disparaître et sombrer dans l'oubli. Alors Léonard prend des notes, et le titre prend une nouvelle fois tout son sens. Tout support est envisageable : feuille de papier, photographies, sous-boc... jusqu'à sa peau elle-même, que Léonard tatoue pour garder en mémoire les éléments les plus importants, les plus primordiaux de son enquête. Car Léonard est à la recherche de quelqu'un : le meurtrier de sa femme et le responsable de son handicap. léonard n'a pas toujours été atteint de cette lésion cérébrale : ce jour-là, il a surpris l'agresseur, et celui-ci l'a frappé à la tempe. Depuis, il ne vit que pour une seule et unique chose : tuer celui qui a brisé, en même temps que celle de sa femme, sa propre existence.
Mais la mémoire, comme les mémentos que l'on s'écrit pour se souvenir de quelque chose, peut aussi jouer des tours : qu'est-ce que la réalité ? Est-ce celle dont on se souvient ? Car la mémoire peut être altérée et les souvenirs remodelés... Celle dont on a gardé trace ? Car là encore, un fait peut être déformé, remanié...
Pas facile, donc, pour Léonard, de mener son enquête. Surtout lorsque les autres se servent de vous. Comment être sûr de ses amis, de ses ennemis, dès lors qu'on ne se souvient pas des précédentes rencontres ?
Construit littéralement à l'envers, Mémento est un véritable labyrinthe d'eaux troubles où le spectateur plonge avec délice.
Où l'on comprend, a posteriori, chaque scène, et où la terrible vérité se met en place dans les toutes dernières secondes.
Incroyable, génial, Mémento s'impose comme un pur chef d'œuvre, qu'il faut néanmoins voir plusieurs fois pour en comprendre les innombrables implications. Guy Pierce, sensible et pitoyable, est magistral dans le rôle de Léonard Shelby, et Carrie-Anne Moss lui donne la réplique avec l'ambiguïté propre à son personnage. Quant à Joe Pantoliano (que l'on a pu aussi voir dans Matrix), impossible de le cerner véritablement.
Peu de bonus, en revanche: la bande annonce et la filmographe des acteurs. L'édition collector doit sans doute mieux valoir le coup...