La quarantaine se profilant, Mariah Carey, l’immarcescible diva aux 175 millions d’albums vendus déciderait-elle enfin d’endosser des habits d’adulte ?
Depuis le milieu des années 1990, après une première carrière policée et outrageusement commerciale sous la férule de son encombrant mari Tommy Mottola, Mariah Carey avait jeté ses corsets au feu et enchaîné avec une belle santé des albums où il semblait avant toute chose qu’elle réclamait une sorte de crédibilité « de rue », d’où tenues sexy comme un pléonasme de son physique pulpeux et ambiances hip hop, avec rappeurs parmi les plus méchants en ligne pour participer aux aventures.
« Obsessed », le premier single de ce douzième album studio, pourrait induire en erreur, cette supposée adresse perfide à Eminem étant bien dans l’air du temps. Mais il n’est pas dans la ligne générale de ce disque, tout entier dévoué à ce R&B adulte si américain, qui s’exprime en mid-tempo, et met tout l’accent sur la voix. Les pittoresques aventures quotidiennes, si bien documentées par les médias people, ont dissimulé qu’à l’inverse des autres divas (de Céline Dion à Whitney Houston), Miss Carey est une créatrice autant qu’une interprète. Elle écrit toutes ses paroles (ici une litanie de reproches à ses ex, entre autres introspections intimes), et met une main active à la production et la composition de ses chansons. Une tâche qu’ici, elle partage essentiellement avec deux pointures du moment, The Dream et Tricky Stewart (co-responsables du
« Umbrella » de Rihanna, dont on devine une allusion ici sur
« Standing O »).
Cette couleur musicale, essentiellement adulte, donc, devrait laisser de marbre le public teenager qui consomme du R&B en France, et qui se satisfait plutôt de titres dansants, ou de ballades poisseuses. On est là entre ces deux tendances, même si la ballade est le quotidien de
Memoirs From an Imperfect Angel.
« Angels Cry » permet l’étalage des légendaires possibilités vocales de Mariah Carey, mais la démonstration n’est plus un art qu’elle entend mettre en avant. Sur des pianos discrets, et sous le velours des cordes, elle veut qu’on l’écoute raconter ses émois, comme un guide vers les tréfonds de son âme de femme amoureuse.
Tout cela est certes d’un glamour infini, et cette artiste n’a pas usurpé sa légende en matière de vocalises, mais quand on arrive à la reprise chantilly de
« I Want to Know What Love Is », le hit de Foreigner (1984), on frise l’indigestion. L’Amérique des quadras fera un triomphe à sa diva, l’Europe attendra sa prochaine crise d’adolescence.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story