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18 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Jusqu'au bout,
Par LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (TOP 10 COMMENTATEURS) (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Menaces Dans la Nuit (Collection Classics Confidential, inclus Le Dernier Film Noir, un livre de Samuel Blumenfeld) (DVD)
He Ran all the Way / Menaces dans la nuit, tourné en 1950 et sorti à la sauvette en 1951 alors que plusieurs de ses concepteurs étaient en butte à la chasse aux sorcières, soit inquiétés par la Commission des activités anti-américaines soit déjà devenus fugitifs, est bien ce film dont la réputation est de marquer la fin d'une époque. Film noir (ou "film gris" pour reprendre la catégorie inventée pour parler de ces films noirs s'inscrivant dans une perspective de réalisme et de critique sociale) qu'on peut aujourd'hui considérer comme assez typique, He Ran all the Way porte donc bien son titre original (littéralement, "il courut jusqu'au bout"): pour beaucoup de ceux qui collaborèrent à ce film, le destin et la course allaient s'accélérer.John Garfield, qui s'était imposé dans les années 40 en jouant les hommes du peuple pris au piège de l'injustice et luttant pour survivre dans un environnement hostile, venait d'avoir deux de ses meilleurs rôles (Body and Soul de Robert Rossen et Force of Evil d'Abraham Polonsky, également scénariste de Body and Soul) mais sa carrière était sur le déclin. Lâché par la Warner, de plus en plus suspecté pour ses amitiés, il aggravait son cas en tournant ce film largement scénarisé par Dalton Trumbo, qui ne pouvait déjà plus travailler qu'avec des prête-noms. John Berry, son jeune réalisateur, disciple d'Orson Welles au théâtre, venait quant à lui de réaliser un court-métrage documentaire, 'The Hollywood Ten' qui prenait fait et cause pour les Dix d'Hollywood qui s'apprêtaient à aller en prison pour avoir refusé de répondre aux commissions maccarthystes. Au moment de la sortie du film, John Berry était parti pour la France et John Garfield, qui ne tournait plus, venait d'être convoqué par la Commission. Sa mort, d'une crise cardiaque en 1952, à 39 ans, intervint alors qu'il était apparemment prêt à craquer. Evidemment, le film peut être vu sans problème sans connaître le contexte. Mais ce serait dommage, à plus forte raison parce que le film noir, son éthique et son esthétique, ne sont que difficilement dissociables de cette période de la société et du cinéma américains. Sans même parler de ce moment particulier (le tout début des années 50), quand le filet se resserrait aux Etats-Unis autour de cette tendance progressiste des arts, et en particulier du cinéma. Reste que Berry lui-même assurait que, s'il s'agit bien là d'un "film sur le malheur", tous ceux qui y collaborèrent étaient relativement optimistes et pensaient que l'hystérie maccarthyste allait s'estomper. Passé un premier tiers assez vif et captant remarquablement le mouvement et la présence de l'environnement et de la ville, le film devient un huis-clos (voir synopsis ci-dessus). Comme la plupart des films relatant une prise d'otages dans un espace clos, He Ran all the Way se mue en étude sur les relations ambivalentes entre les personnages: domination, soumission, manipulation, etc. Nick Robey (John Garfield), dans son rapport à cette famille modeste mais solidement constituée, dans son rapport à la jeune femme, Peg (Shelley Winters), se montre comme une âme esseulée, qui a appris à s'endurcir face à un monde dans lequel il a toujours été balloté et qui l'a sans doute toujours maltraité. La séquence d'ouverture, où Robey et sa mère s'envoient des gentillesses, est à cet égard éloquente ("Si tu étais un homme, tu chercherais du boulot" "Si tu étais un homme, je te casserais les dents"). Ramassé, ce film ne frappera pas par des rebondissements en grand nombre - même dans l'évolution des rapports psychologiques - mais par une finesse de touche qui n'empêche pas la force expressive de la mise en scène. Car John Berry, admirablement épaulé par le grand chef opérateur James Wong Howe (qui avait signé la photo de certains des meilleurs films de John Ford ou Raoul Walsh), soigne ses cadres tout en captant parfaitement l'énergie en fin de course du personnage de Garfield. La photo de Howe est de bout en bout admirable, en particulier pour la séquence finale sur le pavé mouillé. La prestation de Garfield est ici aussi formidable que celles des deux films cités plus haut. Quant au reste de l'interprétation, elle est assez idéale, même s'il faut du temps à Shelley Winters pour arriver à rendre l'ambivalence que son personnage doit porter et qui fait que la fin du film est aussi réussie. Cette édition Wild Side fait partie de la collection Classics Confidential qui propose un livre-dvd - rappelons ces autres titres indispensables que sont La Femme au Portrait & La Rue Rouge de Fritz Lang et La Chevauchée des bannis d'André de Toth. Le livret se compose d'un bref texte du spécialiste du film noir Eddie Muller, et d'un texte plus copieux sur le contexte et les conditions de production et de réalisation, rédigé par Samuel Blumenfeld. Conformément à ce que j'écrivais plus haut, il me semble que la lecture de ces textes riches en informations diverses est indispensable pour qui voudra aller au-delà de la simple vision du film. La copie est impeccable. Très beau master N&B, même si comme souvent les contrastes de la photo ne sont pas restitués à la perfection. VF et VOSTF. Deux compléments seulement, mais intéressants: 'The Hollywood Ten', le court métrage réalisé par Berry cité plus haut, assez guindé et évidemment didactique mais à voir; et "Série rouge pour liste noire", 26' d'entretiens avec les deux fils de Berry et avec l'éminence grise du cinéma mondial, Pierre Rissient, qui a aidé Berry à remettre le pied à l'étrier à la toute fin de sa vie, pour réaliser ce beau film qu'est Boesman And Lena. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la liste noire et le maccarthysme, je ne saurais trop vous conseiller Les Sorcières d'Hollywood : Chasse aux rouges et listes noires de Thomas Wieder, bonne petite synthèse faisant plutôt bien le tour de la question. Et pour avoir la parole des auteurs eux-mêmes, dont John Berry et Abraham Polonsky, et d'autres informations précieuses sur le contexte, l'indispensable Amis Américains : Entretiens avec les grands Auteurs d'Hollywood de Bertrand Tavernier. Je mettrais quant à moi 4,5 étoiles en tout: 4 pour le film, 5 pour une édition de grande qualité qui met parfaitement le film en valeur. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
CINEPASC,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Menaces Dans la Nuit (Collection Classics Confidential, inclus Le Dernier Film Noir, un livre de Samuel Blumenfeld) (DVD)
Très bonne collection qui privilégie des classiques rares avec une qualite au rendez vous ( remastérisation de l'image pour apporter une excellente qualité )Le rapport qualité/prix est en adéquation. Espérons que la suite de cette collection très attendue demeure dans cet état d'esprit, en respectant le client. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
chef d'oeuvre,
Par
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Menaces Dans la Nuit (Collection Classics Confidential, inclus Le Dernier Film Noir, un livre de Samuel Blumenfeld) (DVD)
Un des nombreux chef d'oeuvres du film noir. Ici, il s'agit nettement de la veine sociale. D'ailleurs, plusieurs collaborateurs du film eurent affaire avec la commission MacCarthy, notamment le réalisateur, le producteur et l'acteur vedette. Pour son dernier film, John Garfield fait une composition géniale. Il joue le rôle d'un petit gangster sans grande envergure, éternel perdant, qui prend en otage une famille d'ouvriers. Magnifique édition également avec un excellent livret de 80 pages abondamment illustrées. En VOST et en VF.
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