Les disques d'Anne-Sophie Mutter laissent rarement indifférent et il y a donc fort à parier que, comme d'habitude, ceux que son jeu insupporte détesteront cet album, tandis que les quelques inconditionnels seront conquis a priori.
N'appartenant à aucun de ces deux groupes (même si je reconnais bien volontiers être toujours intéressé par le travail de cette violoniste), je vais essayer d'être aussi descriptif et « objectif » que possible :
1) Commençons donc par reconnaître qu'il y a bien encore ici ou là, dans ces enregistrements, certains de ces maniérismes un peu expressionnistes qui agacent parfois ou déconcertent. Mais soyons honnêtes : ces maniérismes sont ici infiniment moins présents que dans les enregistrements les plus discutables de la violoniste (les sonates de Beethoven, notamment:
Beethoven: The Violin Sonatas). Si bien qu'ils ne constituent pas du tout ici un obstacle sérieux à l'écoute.
2) Dans le Concerto op. 64, enregistré en public à Leipzig, Mutter adopte des tempi plutôt vifs et fait preuve d'une fougue passionnée qui est vraiment contagieuse et d'autant plus contagieuse qu'elle est très bien accompagnée par le Gewandhausorchester dirigé par Masur.
Cet enregistrement est donc beaucoup plus proche de celui du concerto de Brahms par les mêmes interprètes (enregistrement généralement salué à juste titre pour son puissant engagement:
Concerto pour violon / Fantaisie) que de celui, très particulier et plus discutable, du concerto de Beethoven (
Beethoven - Concerto pour violon op.61).
Du concerto de Mendelssohn, je possède plusieurs belles versions (Menuhin/Fürtwangler ; Gitlis/Swarowsky ; Milstein/Abbado ; Mintz/Abbado ; Mullova/Gardiner) et je dois dire que celle-ci, bien loin de démériter, possède au contraire une fièvre assez unique.
3) Du Trio op. 49, Mutter, Harrell et Previn, enregistrés au Musikverein de Vienne mais sans public, nous livrent une interprétation authentiquement romantique et passionnée qui me semble encore plus engagée que la pourtant très belle version du Trio Wanderer (
Mendelssohn: Piano Trios). Si j'avais une seule réserve à formuler, elle ne concernerait ni Mutter, ni Harrel, mais Previn, dont le jeu me semble parfois un tout petit peu mécanique (mais il est vrai que ce redoutable Trio laisse finalement assez peu de place à la respiration).
4) La Sonate en fa majeur de 1838, rarement jouée et enregistrée ici dans les mêmes conditions que le Trio, constitue un parfait complément de programme dans lequel Mutter et Previn sont totalement à leur affaire.
5) Pour finir, cet album est complété par un DVD très précieux puisqu'il permet d'assister à la totalité des enregistrements de chacune des trois œuvres et de mesurer ainsi l'implication réelle des interprètes.
Ce disque propose donc à quiconque voudra bien laisser ses préjugés de côté et... accepter le mauvais goût de la pochette (!) un très beau voyage dans l'univers de Mendelssohn.