Accueilli de manière assez tiède par la critique il y a deux ans, ce disque n'en comporte pas moins un très grand nombre de qualités. Tout d'abord, une complicité rare entre les musiciens qui refusent de se mettre en avant au profit d'une grande homogénéité de trio. Et au détriment d'une certaine personnalité ? Certainement pas ! Comme toujours, le violon beau, charnu, sensuel et éloquent de Fischer est immédiatement reconnaissable. Le piano, tantôt véloce, tantôt délicat mais sans afféterie de Jonathan Gilad possède lui aussi une forte personnalité. Mais l'entend-on plus que nécessaire? Non!
Seul le violoncelle de Daniel Müller-Schott paraît parfois en retrait mais son absence se ressentirait. Alors oui, chacun joue un rôle dans cette version, laquelle favorise l'expression et la densité de son à la virtuosité parfois vaine de certains ensembles constitués. Cette version généreuse de ces deux trios n'en est pas pour assagie. Non, elle palpite à chaque instant et bondit comme peu dans des trios félins, légers et rythmiquement très soutenus. En revanche, je regrette le tempo exagérément lent de l'Andante du Trio n°2 qui s'apparente davantage à un Adagio. Mais cette remarque est vétille en regard des innombrables richesses et qualités dont regorge cette version. Un disque très abouti !