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Mendiants et orgueilleux Broché – 12 octobre 1999


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Extrait

Gohar était réveillé à présent; il venait de rêver qu'il se noyait. Il se souleva sur un coude et regarda autour de lui, les yeux emplis d'incertitude, encore hébété par le sommeil. Il ne rêvait plus, mais la réalité était si proche de son rêve qu'il demeura un instant perplexe, fortement conscient d'un danger qui le menaçait. «Par Allah ! c'est la crue ! pensa-t-il. Le fleuve va tout emporter.» Mais il ne tenta aucun geste de fuite devant l'imminence de la catastrophe; au contraire il resta accroché au sommeil comme à une épave, et ferma les yeux.
Il mit longtemps à se ressaisir, voulut se frotter les yeux, mais s'arrêta à temps : ses mains étaient mouillées et visqueuses. Il dormait entièrement habillé, à même le sol, sur une couche faite de minces piles de vieux journaux. L'eau avait tout submergé, recouvrait presque tout le sol dallé de la chambre. Elle coulait vers lui silencieusement, avec la fatalité oppressante d'un cauchemar. Gohar avait l'impression d'être sur une île entourée par les flots; il n'osait pas bouger. La présence inexplicable de cette eau le plongeait dans un profond étonnement. Cependant, sa frayeur du début s'atténuait à mesure qu'il reprenait conscience de la réalité. Il comprenait maintenant que son idée du fleuve en crue, dévastant tout sur son passage, n'était qu'une aberration. Il chercha alors à savoir d'où provenait cette eau mystérieuse et en découvrit très vite la source : elle filtrait de dessous la porte du logis voisin.
Gohar frissonna comme sous l'effet d'une indicible terreur : le froid. Il tenta de se lever, mais le sommeil était encore en lui, engourdissant ses membres, le retenant par d'indissolubles liens. Il se sentait faible et désemparé. Il essuya ses mains sur sa veste, aux endroits où l'étoffe n'était pas mouillée; à présent il pouvait se frotter les yeux. Il le fit avec calme, regarda la porte du logis voisin, pensa : «Ils doivent laver le dallage. Quand même, ils ont failli me noyer !» La soudaine propreté de ses voisins lui paraissait singulièrement grotesque et scandaleuse. Cela n'était jamais arrivé auparavant. Dans cette maison délabrée et sordide du quartier indigène, habitée par de pauvres êtres faméliques, on ne lavait jamais le dallage. Ces gens étaient sans doute des nouveaux locataires, des malins qui voulaient impressionner le quartier.
Gohar demeurait l'esprit inerte, comme frappé de stupeur par la révélation de cette propreté insensée. Il lui semblait qu'il fallait faire quelque chose pour arrêter cette inondation. Mais quoi ? Le mieux était d'attendre; un miracle se produirait certainement. Cette situation absurde réclamait un dénouement par des forces surnaturelles. Gohar se sentait d'avance désarmé. Il attendit quelques minutes, mais rien ne se produisit, aucune puissance occulte ne vint le secourir. Il se leva enfin, resta debout, immobile, dans une attitude d'halluciné, de rescapé d'un naufrage; puis, avec d'infinies précautions, il avança sur le sol détrempé et alla s'asseoir sur l'unique chaise qui meublait la chambre. A part cette chaise, il n'y avait rien d'autre qu'une caisse en bois retournée sur laquelle trônaient un réchaud à alcool, une cafetière et une gargoulette contenant de l'eau potable. Gohar vivait dans la plus stricte économie de moyens matériels. La notion du plus élémentaire confort était depuis longtemps bannie de sa mémoire. Il détestait s'entourer d'objets; les objets recelaient les germes latents de la misère, la pire de toutes, la misère inanimée; celle qui engendre fatalement la mélancolie par sa présence sans issue. Non pas qu'il fut sensible aux apparences de la misère; il ne reconnaissait à celle-ci aucune valeur tangible, elle demeurait toujours pour lui une abstraction. Simplement il voulait protéger son regard d'une promiscuité déprimante. Le dénuement de cette chambre avait pour Gohar la beauté de l'insaisissable, il y respirait un air d'optimisme et de liberté. La plupart des meubles et des objets usuels outrageaient sa vue, car ils ne pouvaient offrir aucun aliment à son besoin de fantaisie humaine. Seuls les êtres dans leurs folies innombrables, avaient le don de le divertir. --Ce texte fait référence à l'édition Broché .

Revue de presse

Avec "Mendiants et orgueilleux", l'écrivain égyptien a signé un bijou romanesque où l'intrigue policière se double d'une lancinante interrogation sur le sens de la vie, dans l'égarement d'une société qui cahote entre ses vices, perversions, misères variées et complémentaires. Comme souvent chez Cossery, le bordel tient logiquement une place centrale dans un univers d'hommes plus ou moins désorientés et désœuvrés.
Spectaculaire théâtre des vanités humaines les plus dérisoires, c'est dans un bordel caricatural que va avoir lieu le crime central, paradoxal, injustifié, que va devoir élucider Nour El Dine, policier homosexuel cachant ses amours fragiles dans des banlieues sordides, fasciné par l'idée que ce crime apparemment gratuit le sorte enfin de son quotidien minable pour lui faire croiser la route d'un individu d'exception, un criminel à sa mesure.

De fait, le criminel est bien tel qu'il l'imagine, même si l'acte fatal a été commis dans une sorte de vertige tourbillonnant causé par le manque de drogue - car même cet homme supérieur, privé de sa dose quotidienne, peut s'échapper à lui même dans une aliénation frénétique et violente.
Le besoin de drogue est là, au cœur du texte, comme la métaphore de tous les manques ressentis par les personnages : accumulation de frustrations et d'angoisses, manque de travail, manque de reconnaissance, manque de liberté, manque d'amour, manque de sexe. Grimace ricanante, l'image inverse de l'homme-tronc, transformé paradoxalement en homme à femmes, récoltant de nombreuses aumônes, et comblé par son malheur… Comme si l'univers ne pouvait s'empêcher de se déformer en caricature.

Le fond du livre est dans la révolte hautaine du personnage central, Gohar, professeur de philosophie qui a préféré devenir mendiant, plutôt que d'être complice d'un système social auquel il ne croit pas. "Est-ce que son destin était d'être un professeur respectable enseignant les vils mensonges par lesquels une classe privilégiée opprimait tout un peuple ? Et était-ce trahir son destin que de fuir cette imposture ? Rien n'était moins certain. Nul doute qu'il était un homme marqué, le produit d'une civilisation prospérant par le meurtre. Mais il croyait avoir échappé à l'angoisse, retrouvé la paix et la tranquillité, dans cette parcelle de terre encore inviolée où s'épanouissait la noblesse d'un peuple porté à la joie… "
Il n'y a pas de leçon chez Cossery, sinon celle d'un grand scepticisme face aux mensonges sociaux, et l'acuité d'un scalpel taillant dans l'âme humaine. D'où ce regard plein de fraternité pour Gohar, homme droit, lucide, sans compromission -sauf la drogue, toujours la drogue, qui a sa part dans sa sérénité supérieure. Le choix de la misère et de la mendicité est, peut-être, dans son cas, une expression de noblesse, fruit d'un dégoût devant toutes les bassesses sociales. Mais un doute subsiste jusqu'au bout : n'est-ce-pas aussi une pose, le dernier masque, celui que porte la faiblesse, la paresse, le renoncement ? Bien entendu, même si c'était le cas, il reste que ce masque là porte beau. Et c'est ainsi que Cossery invente l'aristocratie désespérée des enfants du néant. -- Khaled Elraz -- -- Afrik.com



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Détails sur le produit

  • Broché: 213 pages
  • Editeur : Joëlle Losfeld (12 octobre 1999)
  • Collection : Arcanes/Joëlle Losfeld
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2844120318
  • ISBN-13: 978-2844120311
  • Dimensions du produit: 17,8 x 12,6 x 1,8 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.5 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (18 commentaires client)
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9 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile  Par Petrowska sur 15 mars 2007
Format: Broché
c'est le premier livre d'Albert Cossery que j'ai lu et je suis tombée sous le charme : de la poésie, de l'humour et de l'amour . La misère des bas fonds du Caire telle qu'elle est décrite devient mystique et esthetique. Cossery ressemble à Victor Hugo lorsqu'il décrit la misère ; mais contrairement à Hugo la misère de Cossery devient symbole de l'injustice et de la révolte et non pas acceptation d'un destin.
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7 internautes sur 7 ont trouvé ce commentaire utile  Par Chandler sur 7 août 2010
Format: Broché
Cela arrive souvent : on lit des choses et d'autres sans grande passion, par habitude, en se disant parfois qu'on a peut-être fait le tour de tous les grands ducs. Et puis on découvre Cossery. Quelle joie !
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9 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile  Par "emileajar" sur 28 mai 2005
Format: Broché
Je ne connaissais pas Cossery. Je n'en avais jamais entendu parler. Ainsi, le premier contact était celui d'un sceptique : je ne savais pas à quoi m'attendre. Mais, quelle fut ma surprise après les 20 premières pages! Un meurtre dont on s'en fout. Des révolutionnaires paresseux. Un homme-tronc (!!). Et ce personnage génial, attachant, haut en couleurs : GOHAR. Depuis, j'ai lu la majorité des livres de Cossery. Ça a souvent été un régal!
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5 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile  Par N. Nicolas sur 14 mars 2003
Format: Album
Albert Cossery ne se soucie guère des conventions dans sa peinture des aventures d'une poignée de déclassés. Comme dans la plupart de ses autres romans, il nous fait découvrir un laboratoire moral où les personnages incarnent des choix philosophiques originaux confinant au "réalisme magique". Ce faisant, il fournit également une critique subtile, ironique et souvent savoureuse des sociétés actuelles. L'humour le dispute à l'imagination dans ce roman qui est un modèle de liberté d'écriture.
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1 internautes sur 1 ont trouvé ce commentaire utile  Par foxie TOP 1000 COMMENTATEURS sur 25 août 2011
Format: Broché
Un quartier pauvre du Caire. Une foule nonchalante, indolente, fataliste, essayant de sauver une certaine apparence pourtant inutile : le seul fait d'être vivant est déjà un dignité ! Ces gueux sont orgueilleux de ce qu'ils pourraient être si la paresse et leurs conditions de vie n'étaient pas ce qu'elles sont. Finalement être mendiant ici est synonyme de sagesse et de paix.
Un livre étonnant !
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10 internautes sur 13 ont trouvé ce commentaire utile  Par "malade" sur 5 octobre 2003
Format: Broché
Albert Cossery signe là, l'un de ces meilleurs livres, il nous livre l'histoire d'une bande de "mendiants et orgueilleux", composée de Gohar, un philosophe en retrait de sa société, une personne ayant rejeté tous, afin de vivre en paix; El Kordi, un jeune "fonctionnaire" tétu, amoureux d'une prostituée proche de la mort, un jeune qui ne cessera d'apprendre, de mouler sa manière de voir les choses; Yéghen, un personnage très intéréssant, il n'a pas un beau visage, celà lui donne donc un avantage pour percevoir le regard des gens, lui aussi ne croit pas aux besoins matériels...; Nour El Dine, un policier homosexuel, essayant de vivre une relation avec Samir, cette relation n'est pas sans difficulté...
Un ensemble de personnage, qui vivent à leur maniere, parmis ces personnages, il n'est pas impossible que vous vous reconnaissiez à une période de votre vie...Enormement d'idées sont formulées, j'en ai trop dis , maintenant à vous de découvrir le reste ;) Jetez vous dessus !!
ps: Pour les féministes (:p) ce livre est extrement mysogine :s, n'hésitez pas à le lire tout de même ;)
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8 internautes sur 10 ont trouvé ce commentaire utile  Par Wenceslas N sur 26 août 2006
Format: Broché
Albert Cossery a toujours dit qu'il écrivait "pour que quelqu'un qui lise ses livres n'aille pas au bureau le lendemain".

Vous voilà prévenu.
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Format: Broché Achat vérifié
Une belle édition augmentée de photos et inédits pour (re)découvrir cet auteur exceptionnel qui mériterait d'être mieux connu. À ne pas manquer !
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