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Spectaculaire théâtre des vanités humaines les plus dérisoires, c'est dans un bordel caricatural que va avoir lieu le crime central, paradoxal, injustifié, que va devoir élucider Nour El Dine, policier homosexuel cachant ses amours fragiles dans des banlieues sordides, fasciné par l'idée que ce crime apparemment gratuit le sorte enfin de son quotidien minable pour lui faire croiser la route d'un individu d'exception, un criminel à sa mesure.
De fait, le criminel est bien tel qu'il l'imagine, même si l'acte fatal a été commis dans une sorte de vertige tourbillonnant causé par le manque de drogue - car même cet homme supérieur, privé de sa dose quotidienne, peut s'échapper à lui même dans une aliénation frénétique et violente.
Le besoin de drogue est là, au cur du texte, comme la métaphore de tous les manques ressentis par les personnages : accumulation de frustrations et d'angoisses, manque de travail, manque de reconnaissance, manque de liberté, manque d'amour, manque de sexe. Grimace ricanante, l'image inverse de l'homme-tronc, transformé paradoxalement en homme à femmes, récoltant de nombreuses aumônes, et comblé par son malheur
Comme si l'univers ne pouvait s'empêcher de se déformer en caricature.
Le fond du livre est dans la révolte hautaine du personnage central, Gohar, professeur de philosophie qui a préféré devenir mendiant, plutôt que d'être complice d'un système social auquel il ne croit pas. "Est-ce que son destin était d'être un professeur respectable enseignant les vils mensonges par lesquels une classe privilégiée opprimait tout un peuple ? Et était-ce trahir son destin que de fuir cette imposture ? Rien n'était moins certain. Nul doute qu'il était un homme marqué, le produit d'une civilisation prospérant par le meurtre. Mais il croyait avoir échappé à l'angoisse, retrouvé la paix et la tranquillité, dans cette parcelle de terre encore inviolée où s'épanouissait la noblesse d'un peuple porté à la joie
"
Il n'y a pas de leçon chez Cossery, sinon celle d'un grand scepticisme face aux mensonges sociaux, et l'acuité d'un scalpel taillant dans l'âme humaine. D'où ce regard plein de fraternité pour Gohar, homme droit, lucide, sans compromission -sauf la drogue, toujours la drogue, qui a sa part dans sa sérénité supérieure. Le choix de la misère et de la mendicité est, peut-être, dans son cas, une expression de noblesse, fruit d'un dégoût devant toutes les bassesses sociales. Mais un doute subsiste jusqu'au bout : n'est-ce-pas aussi une pose, le dernier masque, celui que porte la faiblesse, la paresse, le renoncement ? Bien entendu, même si c'était le cas, il reste que ce masque là porte beau. Et c'est ainsi que Cossery invente l'aristocratie désespérée des enfants du néant. -- Khaled Elraz --
--Ce texte fait référence à lédition
Broché
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Description
Raconter la rue comme un théâtre chatoyant et tragique à la fois, où l'on pratique l'ironie sur soi-même et le persiflage sur les puissants. Golo s'immerge dans cette réalité-là, et sa mise en scène, d'une savoureuse vitalité, restitue l'art de vivre de personnages qui résistent par la dérision, où se mêlent la verve poétique du langage et la truculence des postures. De sa connaissance intime de cet envers du décor cairote, où le surnaturel et les superstitions se nichent dans le quotidien le plus prosaïque, Golo donne les clés dans Mes mille et une nuits au Caire (éd. Futuropolis), le premier tome d'une autobiographie effervescente : celle du jeune homme qu'il était en 1974, qui, après avoir lu Mendiants et orgueilleux, est parti vivre au Caire et n'en est jamais revenu.
Jean-Claude Loiseau
Telerama n° 3089 - 28 mars 2009 --http://www.telerama.fr/livres/mendiants-et-orgueilleux,40830.php
Présentation de l'éditeur
15 ans après sa première publication dans (À suivre), Futuropolis réédite ce livre essentiel. Cossery y dépeint les laissers pour compte des quartiers miséreux du Caire, faisant l'éloge du dénouement et de la paresse conçus comme un art de vivre, en opposition à nos pratiques occidentales : «Gagner est un mot obscène, un terme de commerce. Je hais l'argent et l'ambition, ils sont la cause de tous les malheurs du monde. En Orient, lorsqu'on a de quoi vivre, on ne travaille pas. En Occident, plus on a d'argent, plus on en veut. »
Un livre essentiel pour Golo qui s'est installé alors au Caire, et qui revient aujourd'hui, avec Mes mille et une nuits au Caire, sur sa ville d'adoption et ses habitants, avec chaleur et humanité.
Le Caire, milieu du vingtième siècle. Gohar, un ancien philosophe devenu mendiant, étrangle, dans une sorte de vertige tourbillonnant, une des pensionnaires du bordel où il aime passer du temps, rédigeant même parfois la correspondance des prostituées. C'est le manque de drogue qui l'a fait agir. Pas perturbé du tout, il continue sa vie quotidienne, rythmé par la nonchalance et le hachich. Nour El Dine, un policier homosexuel mène l'enquête, persuadé de suivre la trace d'un être d'exception, un criminel à sa mesure.
En suivant l'assassin et le policier dans les ruelles du Caire nous ferons également connaissance avec une multitude de personnages hauts en couleurs, comme Set Amina, la tenancière de la maison des plaisirs, El Kordi le fonctionnaire doux rêveur et Yeghen, le vendeur de hachich, misérable poète bercé d'humanité.
Quatrième de couverture
Albert Cossery est né au Caire en 1913. Son premier ouvrag, Les hommes oubliés de Dieu, est traduit en 1940 en trois langues, entre autres aux Etats-Unis, grâce à Henry Miller. En 1945, il s'établit à Paris dans un hôtel et se lie d'amitié avec Albert Camus et Lawrence Durell, rencontre Louis Guilloux et Jean Genet.
Il est l'auteur d'une oeuvre qui comprend six romans et un recueil de nouvelles. En 1990, lors de la réédition de Mendiants et orgueilleux, il a obtenu le Grand Prix de la Francophonie pour l'ensemble de ses ouvrages.
"Gloire au pharaon Cossery. On vient d'attribuer le prix 1990 de la Francophonie à un écrivain considérable, Albert Cossery, dandy solaire et solitaire." --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Biographie de l'auteur
1973 : Il commence sa carrière comme illustrateur pour un magazine français de musique et divers journaux égyptiens.
1979 : Il s'associe à Frank pour créer des BD pour Charlie Mensuel et (A Suivre) et publier de nombreux albums tels que Ballades pour un voyou (éditions du Square).
1982:Publication de Rampeau et Le Bonheur est dans le crime, avec Frank, chez Futuropolis. À partir de cette date, il réalise des dessins de presse dans Charlie Hebdo, Hara Kiri, Libération, Politis...
1983 : Les Noces d'argot avec Frank. Trois volumes (Dargaud).
1985 : Nouvelles du front, avec Frank (Futuropolis).
1991 : Il adapte en bande dessinée le roman d'Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux (éditions Casterman).
2003 : Adaptation de Les Couleurs de l'infamie d après le roman d'Albert Cossery.
Il vit aujourd'hui au Caire, ville qu'il décrit dans les deux volumes des Carnets du Caire, (Éditions Rêveurs de Runes).
2007 : B. Traven, portrait d'un anonyme célèbre, éditions Futuropolis.
2009 : Mes mille et une nuits au Caire, éditions Futuropolis
et Mendiants et orgueilleux, d'après le roman d'Albert Cossery, éditions Futuropolis.
Albert Cossery est né en 1913 au Caire, il est l'auteur de sept romans. Ayant choisi de ne rien posséder, il vivait depuis 1945 à l'hôtel Louisiane à Paris. En 1990, il a reçu le Grand prix de la Francophonie pour l'ensemble de son oeuvre. Il est décédé en juin 2008.
Son oeuvre est éditée par Joëlle Losfeld.