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La première question de Socrate, "Comment devenir vertueux ?", cède la place à une autre question plus générale : "Comment apprendre ce qu'on ignore ?" En effet, l'homme ne peut ni apprendre ce qu'il sait, puisqu'il le sait déjà, ni apprendre ce qu'il ne sait pas, ignorant ce qu'il devrait apprendre. Aussi, tout apprentissage paraît impossible dans la mesure où il n'y a pas de transition entre le non-savoir absolu et le savoir.
Socrate, dans Ménon, parvient à surmonter ce paradoxe en montrant que si l'homme est capable d'apprendre, c'est que toute éducation suppose la faculté innée de chercher ce que l'on ne sait pas. Ainsi, Socrate fait découvrir à un jeune esclave la notion de diagonale : tout se passe comme si celui-ci se ressouvenait de ce que pourtant il ne semblait pas connaître. L'esprit n'est pas un réceptacle vide où la vérité viendrait se déposer de l'extérieur, mais une puissance de connaître susceptible de s'actualiser par la réflexion. Le mythe de la réincarnation fournit ici une image permettant de saisir en quoi consiste l'acte de réfléchir : l'âme ayant contemplé dans une vie antérieure les Idées, les ayant oubliées lors de son incarnation, s'en ressouvient dans l'acte d'apprendre. Ainsi, "apprendre, c'est se ressouvenir". --Paul Klein
Présentation de l'éditeur
Oui, je vous écoute, oui... - Et finalement, non ! Cette volte-face coupe en deux le dialogue. C'est une sorte de gifle, dont le chevalier thessalien, Ménon, frappe Socrate. Elle annule presque le dialogue amorcé. En Sicile, Platon amorça plusieurs fois un dialogue, vécu et non écrit, avec le tyran Denys, dans l'espoir de fonder une cité de paix, mais en terre vierge, loin d'Athènes. En vain, comme ici. Alors, Platon écrit, pour les lointains, pour nous, derrière sa Ville. Pour elle, c'est-à-dire finalement contre elle, d'abord, cette cité bavarde et prétentieuse, cette Athènes que Socrate, son maître, n'a pas quittée, quand il pouvait encore échapper à la mort : il boirait la ciguë lorsque le gréement du vaisseau mystique d'Apollon à Délos se découperait sur l'horizon. Socrate a dit oui à la mort. La mort ? - Finalement, non, redit Platon. Elle est la vie, ouvrant nos yeux sur les constellations que l'étrange Tirésias déchiffre avec bonheur, tranquillement assis aux Enfers - telle est la dernière image du Ménon. Le chevalier Ménon croit vivre, lui. Il vise l'excellence, mais à la façon du tyran. Socrate lui fait alors donner deux leçons : par un esclave, ô honte, une leçon de soumission au vrai, soumission qui est l'avenue royale de l'excellence ; en sens contraire, une leçon d'orgueil : un démocrate et un parvenu, Anytos, idolâtre, ô surprise, les grands hommes d'Athènes, oublieux qu'il est de la Mémoire de soi, secret divin de l'excellence. C'est cet Anytos qui obtiendra la condamnation de Socrate. Le Ménon est un rude exercice de patience intérieure. On n'y parle point directement du Bien, de la Justice. C'est que la résistance d'Athènes à la philosophie incite Platon à lui désigner encore le soleil, mais comme à travers un vitrage dépoli.