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Mensonge romantique et vérité romanesque
 
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Mensonge romantique et vérité romanesque [Format Kindle]

René Girard
4.6 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (9 commentaires client)

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Descriptions du produit

Présentation de l'éditeur

Don Quichotte ne désire pas spontanément ; il imite Amadis de Gaule, le médiateur de ses désirs. Dans le monde moderne, le médiateur n'est plus légendaire mais réel ; le disciple désire le même objet que son modèle, il se voit donc perpétuellement contrecarré par celui-ci et, loin de le vénérer comme Don Quichotte vénérait Amadis, il dénonce en lui un rival injuste ou même un persécuteur diabolique. L'homme moderne prise l'autonomie mais c'est toujours auprès d'un médiateur qu'il cherche à se la procurer, par une contradiction dont il n'a presque jamais conscience.
La littérature romantique répudie toute imitation et fait un dogme de l'originalité ; le médiateur reste dissimulé. La présence de ce médiateur, par contre, est inlassablement dénoncée dans les chefs-d'oeuvre romanesques. C'est de la médiation que relèvent ce que Stendhal appelle vanité et ce que Jules de Gaultier, chez Flaubert, appelle bovarysme. C'est la médiation qui régit le mécanisme de la haine chez Dostoïevski, de la jalousie et du snobisme chez Proust, c'est elle, enfin, qui permet d'interpréter le masochisme et le sadisme. Les conséquences de la médiation s'aggravent à mesure que le médiateur se rapproche du sujet désirant et ce rapprochement engendre une dialectique qui éclaire aussi bien les analogies et les différences entre les grandes oeuvres romanesques que l'évolution historique vers les formes totalitaires de la sensibilité individuelle et collective.
La réflexion de l'auteur s'élargit donc en une méditation sur les problèmes de notre temps. C'est dans l'univers de la médiation que triomphent l'angoisse, la concurrence frénétique et les valeurs de prestige. Percevoir l'universelle médiation, c'est dépasser les psychanalyses et l'idée marxiste d'aliénation vers la vision dostoïevskienne qui situe la véritable liberté dans l'alternative entre médiateur divin et médiateur humain. C'est lire l'échec de la révolte prométhéenne non seulement dans les oeuvres littéraires mais dans un monde qui se laisse définir non pas par le " matérialisme " ou par " l'éloignement des dieux " mais par un sacré corrompu et " souterrain " qui empoisonne les sources de la vie.
Telle est la vérité à laquelle le romancier lui-même ne parvient qu'à travers l'enfer de la médiation. Il lui faut unir l'introspection et l'observation pour créer un Don Quichotte, un Raskolnikov ou un Charlus ; il lui faut donc reconnaître un prochain et un semblable dans le médiateur fascinant ; c'est dire qu'il lui faut mourir à l'orgueil romantique. L'écrivain meurt dans son oeuvre pour renaître romancier de même que le héros voit se dissiper ses illusions au moment de la mort. Marcel Proust, dans Le Temps retrouvé, dégage une signification éthique et esthétique commune à toutes les grandes conclusions romanesques.

Quatrième de couverture

Nous nous croyons libres, autonomes dans nos choix, que ce soit celui d'une personne ou d'un objet. Illusion romantique ! En réalité nous ne choisissons que des objets désirés par l'autre, mus le plus souvent par ce que Stendhal appelle les sentiments modernes, fruits de l'universelle vanité : " L'envie, la jalousie et la haine impuissante. " Partant d'une analyse entièrement renouvelée des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature, René Girard retrouve partout ce phénomène du désir triangulaire : dans la coquetterie, l'hypocrisie, la rivalité des sexes et des partis politiques... Ce grand livre écrit avec une rare subtilité, contribue à élucider un des problèmes majeurs de la conscience humaine : la liberté de choisir.

Détails sur le produit

  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 548 KB
  • Nombre de pages de l'édition imprimée : 312 pages
  • Editeur : Grasset (1 février 1977)
  • Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.
  • Langue : Français
  • ASIN: B006P709GW
  • Moyenne des commentaires client : 4.6 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (9 commentaires client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: n°6.362 dans la Boutique Kindle (Voir le Top 100 dans la Boutique Kindle)
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René Girard
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29 internautes sur 30 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 la vérité dérangeante du désir..., 28 novembre 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mensonge romantique et vérité romanesque (Poche)
A travers l'expérience de quatre romanciers phares, RG engage les premiers balbutiements d'une recherche complexe et étonnament intelligente qui le conduira (et nous avec) vers l'explication, d'une simplicité et d'une évidence géniales, de ce qui engendre, structure, organise la société humaine. Ici, c'est le désir mimétique qui est dévoilé, ce fonctionnement triangulaire (sujet/objet/modèle-médiateur) qui brise l'espèce de rêve idéal du romantisme, à savoir la spécificité individuelle du désir. 1er d'une admirable série sous-tendue par le mécanisme de la victime émissaire, Mensonge romantique... est encore fondamentalement littéraire.
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16 internautes sur 18 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 une lecture passionnante et éclairante sur la nature humaine, 27 novembre 2006
Par 
NgLmb - Voir tous mes commentaires
(TOP 1000 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mensonge romantique et vérité romanesque (Poche)
C'est dans ce livre que René Girard expose sa théorie du désir mimétique. Les idées développées ne sont pas toutes nouvelles (le fait que notre prétendue identité personnelle nous vienne en grande partie d'autrui fait par exemple partie des fondamentaux du bouddhisme), mais son analyse est finement menée, et elle reste très accessible même si on n'a pas lu tous les romans auquels il fait référence. C'est certainement en commençant par ce livre qu'il faut aborder l'oeuvre de Girard, il permet de mieux comprendre les suivants.
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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 La littérature au secours de nos âmes, 6 décembre 2011
Par 
Semper Victor "FB" (France) - Voir tous mes commentaires
(TOP 500 COMMENTATEURS)   
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mensonge romantique et vérité romanesque (Poche)
"Mensonge Romantique et vérité romanesque" est le premier ouvrage de René Girard, écrit en 1961 et il s'agit également de son plus lumineux essai. Il y expose avec génie ses intuitions sur la "nature mimétique du désir", expression qui fera date. L'ouvrage s'appuie sur une analyse de chefs d'oeuvre de la littérature (Cervantès, Stendhal, Proust, Dostoïevski) pour démonter que l'autonomie du désir n'est qu'une illusion romantique : "Seuls les romancier révèlent la nature imitative du désir. Cette nature, de nos jours, est difficile à percevoir car l'imitation la plus fervent est la plus vigoureusement niée. Don Quichotte se proclamait disciple d'Amadis et les écrivains de son temps se proclamaient les disciples de Anciens. La vaniteux romantique ne se veut plus le disciple de personne. Il se persuade qu'il est infiniment original. Partout au XIXe siècle, la spontanéité fait dogme, détrônant l'imitation. Ne nous laissons pas duper, répète partout Stendhal, les individualismes bruyamment professés cachent une forme nouvelle de copie. Les dégoûts romantiques, la haine delà société, la nostalgie du désert, tout comme l'esprit grégaire, ne recouvrent, le plus souvent, qu'un soucis morbide de l'Autre" (page 29).

Le désir est par nature "triangulaire", il s'appuie sur un médiateur externe (hors d'atteinte du sujet) ou interne (proche et bien réel) qui sert de référence et de modèle pour le développement du "mimétisme" : "Proust n'a cessé d'affirmer que la révolution esthétique du Temps retrouvé était d'abord une révolution spirituelle et morale ; nous voyons bien, maintenant, que Proust avait raison. Retrouver le temps c'est retrouver l'impression authentique sous l'opinion d'autrui en sa qualité d'opinion étrangère ; c'est comprendre que le processus de la médiation nous apporte une impression très vive d'autonomie et de spontanéité au moment précis où nous cessons d'être autonome et spontané. Retrouver le temps c'est accueillir une vérité que la plupart des hommes passent leur existence à fuir, c'est reconnaître que l'on a toujours copiés les Autres afin de paraître original à leurs yeux comme à ses propres yeux. Retrouver le temps s'est abolir un peu de son orgueil" (page 52).

On remarquera aussi comment Girard, il y a cela déjà 50 ans avait une vision prémonitoire du "mal-être" postmoderne qui est devenu aujourd'hui si commun : " Derrière toutes les doctrines occidentales qui se succèdent depuis deux ou trois siècles il y a toujours le même principe : Dieu est mort, c'est à l'homme de le remplacer. La tentation de l'orgueil est éternelle mais elle devient irrésistible à l'époque moderne car elle est orchestrée et amplifiée de façon inouïe. La "bonne nouvelle" moderne est entendue par tous. Plus elle se grave profondément dans notre coeur plus le contraste est violent entre cette promesse merveilleuse et le démenti brutal que lui inflige l'expérience. A mesure que s'enflent les voix de l'orgueil, la conscience d'exister se fait plus amère et plus solitaire. Elle est pourtant commune à tous les hommes. Pourquoi cette illusion de solitude qui est un redoublement de peine ? Pourquoi les hommes ne peuvent-ils plus alléger leurs souffrances en les partageant ? Pourquoi la vérité de tous est-elle enfouie profondément dans la conscience de chacun ? Tous les individus découvrent dans la solitude de leur conscience que la promesse est mensongère mais personne n'est capable d'universaliser cette expérience. La promesse reste vraie pour les Autres. Chacun se croit seul exclu de l'héritage divin et s'efforce de cacher cette malédiction. Le péché originel n'est plus la vérité de tous les hommes comme dans l'univers religieux, mais le secret de chaque individu, l'unique possession de cette subjectivité qui proclame bien haut sa toute-puissance et sa maitrise radieuse : "Je ne savais pas, remarque l'homme du souterrain, que les hommes puissent être dans le même cas et toute ma vie je cachais cette particularité comme un secret" (page 73).

Girard se fait également plus politique lors qu'il évoque les "imitations croisées" de la noblesse (les ultra) et de la bourgeoisie, à travers l'oeuvre de Stendhal et la période de la Restauration. Les prolongements actuels sont encore bien palpables : "La justification historique des luttes intestines n'est plus guère qu'un prétexte. Ecartez le prétexte et la véritable cause apparaîtra. L'ultracisme passera ainsi que le libéralisme, mais la médiation interne ne passera pas. Et la médiation interne ne manquera jamais de prétextes pour entretenir la division en deux camps rivaux. La société civile, après a religieuse, est devenue "schismatique". Envisager avec optimiste l'avenir démocratique sous prétexte que le "ultra", ou tels de leurs successeurs, sont destinés à disparaître de la scène politique, c'est faire passer à nouveau l'objet avant le médiateur et le désir avant l'envie. C'est agir comme le jaloux chronique qui confond toujours sa jalousie avec le rival du moment.
Le dernier siècle d'histoire de France donne raison à Stendhal. La lutte des factions est le seul élément stable dans l'instabilité politique contemporaine. Ce ne sont plus les principes qui engendrent la rivalité, c'est la rivalité métaphysique qui se glisse dans les principes opposés à la façon de ces mollusques que la nature n'a pas pourvus de coquille et qui s'installent dans la première venue, sans distinction d'espèce" (page 154).

Le désir mimétique se prolongé également dans l'analyse de la dialectique du maître et de l'esclave, dans le chapitre sur l'ascèse du héros. A force d'admire le médiateur, le sujet en devient l'esclave : "Le Napoléon de Tolstoï illustre cette marche à l'esclavage par la plus grande maîtrise. Comme tous les bourgeois, Napoléon est un parvenu qui doit son succès à l'instinct ascétique de la médiation interne. Comme tous les bourgeois, il a confondu cet instinct ascétique avec l'impératif catégorique d'une morale absolument désintéressée. mais Napoléon découvre au sein de son triomphe, que rien n'est changé en lui, et cette découverte le désespère. Il veut traquer dans le regard d'autrui un reflet de cette divinité qui lui échappe encore. Il veut être un empereur de "droit divin", proclamer sa volonté urbi et orbi, exiger de l'univers entier qu'il obéisse. Le maître cherche l'objet qui lui résistera, Stavroguine ne le trouve pas. Napoléon finit par le trouver. Les Napoléon sont beaucoup moins rares que les Stavroguine dans l'univers de la médiation interne. Ce n'est pas un destin aveugle qui s'acharne contre l'ambitieux, c'est la dialectique de l'orgueil et de la honte qui se poursuit implacablement au faîte des honneurs. Le trou de néant se creuse toujours dans l'âme du grand homme" (page 192).

Pour Gérard l'important est donc de découvrir la réalité du désir et de dévoiler le médiateur pour s'en libérer. Il affirme ainsi, dans le chapitre sur L'Apocalypse dostoïevskienne : "La violence du désir n'est plus un criterium de spontanéité. La "lucidité" de notre époque sait reconnaître la présence du sacré dans les désirs qui paraissent les plus naturels. La réflexion contemporaine découvre les "mythe" et la "mythologie" dans chacun de nos désirs. Le XVIIIe siècle démystifiait la religion, le XXe siècle démystifiait l'histoire et la philologie, notre époque démystifie la vie quotidienne. Pas un désir n'échappe au démystificateur patiemment occupé à construire sur tout ces cadavres de mythes le plus grand mythes de tous, celui de son propre détachement. Lui seul, semble-t-il, ne désire jamais. Il s'agit toujours en somme de convaincre les "Autres" et surtout de se convaincre soi-même que l'on est parfaitement et divinement autonome" (page 304).

Sa conclusion, lumineuse, peut se résumer par cette ultime citation : Toutes les conclusions romanesques sont des "Temps retrouvé" (...) "J'abhorre Amadis de Gaule et l'infini bataillon de sa race..." Ce sont les romanciers eux-mêmes, par la voix de leur héros, qui confirment enfin ce que nous n'avons pas cessé d'affirmer tout au long de cet ouvrage : c'est dans l'orgueil qu'est le mal, et l'univers romanesque est un univers de possédés. (...) De médiate qu'elle était dans le corps du roman l'unité romanesque se fait immédiate dans la conclusion. Les conclusions romanesques sont forcément banales puisqu'elles répètent toutes littéralement la même chose. Cette banalité des conclusions romanesques n'est pas la banalité locale... Lire la suite ›
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