Surtout ne vous laissez pas entraîner dans les commentaires de Claude Chabrol. Il vous manipulera jusque tard dans la nuit. Le film ici présenté est intrigant, même inquiétant, voire menaçant. Une héritière, ancienne fille adoptive d'une grande famille du chocolat suisse, a une personnalité un peu trouble et troublée qui lui fait systématiquement s'approprier les hommes qui l'entourent et éliminer les femmes qui pourraient la gêner dans son appropriation. C'est pervers, sadique et criminel. Elle s'empare ainsi d'un pianiste célèbre qu'elle rend veuf par une manipulation au somnifère. Elle met ainsi en même temps la main sur son fils. Finalement, après le mariage avec le pianiste, elle s'apprête à prendre possession du fils avec un somnifère spécial, pendant que le père dort avec son somnifère particulier. Manque de chance une jeune fille, qui pourrait être la fille du pianiste apparaît et perturbe le bel ordonnancement des choses. Il faut arrêter le plan A et mettre rapidement en place un plan B. Cela échouera car ces plans au somnifère ne réussissent jamais à cent pour cent. Ce qui est troublant dans le film, ce n'est pas ce que je viens de dire. Ces gens dérangés sont souvent repérés par leurs proches et pris en charge d'une façon ou d'une autre. C'est Chabrol qui est inquiétant : construire ainsi un univers où le sociopathe est en liberté sans aucune surveillance, ni même sans le moindre soupçon, exige que l'on croie qu'il suffit d'être de la haute société de l'argent et de l'industrie et qu'on ait un grand sourire pour que les enquêtes ne démarrent même pas. Claude Chabrol est fasciné par les dysfonctionnements des rapports parentaux qu'il explore comme un rat taupier tout en dévorant tous les bons bulbes et les bonnes racines qu'il trouve sur son chemin, comme autant de chocolats fourrés. Il n'y a pas de rapports parentaux sans histoire : ils sont tous à tiroirs et à faux fonds dissimulés partout où une image de surface souriante se révèle. C'est cela que Chabrol n'explique pas. Bien sûr que non. Mais au lieu de faire de lui un cinéaste pointilliste du détail et du cadrage comme son commentaire voudrait nous le faire avaler, cela fait de lui l'égal d'un Balzac ou d'un Zola, d'un Thomas Mann ou d'un Théodore Dreiser qui ajoute le choc des images à l'horreur de l'histoire. Mais demandons-nous pourquoi ce pianiste si talentueux est attiré par cette mante religieuse ? Est-ce ce destructivisme permanent autour de lui qui le rend brillant en musique et qui lui permet de ne dormir d'un sommeil de plomb qu'avec un somnifère qui le jette en pâture au monde tenu à distance, heureusement, par la mante religieuse qui lui sert de geôlier, de garde ou de dragon jaloux et possesseur qui surveille l'entrée de l'antre musical qui est le sien ? Avec Claude Chabrol on ne peut jamais dire pour sûr que le fond de la perversion est atteint. Il y a toujours une couche de plus, un sous-sol supplémentaire. Et que dire du fils, sans parler de cette brave jeune-fille qui veut faire sa bonne action de girl-scout, tout en étant on ne peut plus intéressée ?
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