Cet album propose un enthousiasmant panorama de la musique sacrée de Mozart, dirigé par Rafaël Kubelik à la tête de l'orchestre symphonique de la Radio bavaroise dont il avait pris la direction en 1961, une dizaine d'années avant la réalisation de ces enregistrements.
Le chef tchèque défend une conception large, puissamment architecturée et plutôt monumentale de la fastueuse "Messe du Couronnement", vaillamment scandée par les choeurs menés par Josef Schmidhuber.
Dans cette optique qui précède les approches baroqueuses, seul Igor Markevitch (et par deux fois, chez DG) a pu surpasser une telle sincérité par une lecture à la fois mieux contrôlée et encore plus flamboyante.
La concurrence discographique s'avère moins serrée dans la charmante "Spatzenmesse", rarement enregistrée.
Dans cette oeuvre qui semble écrite pour eux, les « petits moineaux » du Regensburger Domchor y honorent la tradition pluriséculaire de la manécanterie de la cathédrale de Ratisbonne, chaleureusement soutenus par l'orchestre munichois.
Le programme se conclut avec émotion par le paradisiaque "Ave verum corpus", qui parvient à abolir le temps par une seule (et sublime...) phrase musicale, murmurée en 46 mesures : tout le génie de Mozart concentré en moins de trois minutes et demie !
Mais auparavant, ne manquez pas le fringant "Exsultate Jubilate" chanté par Maria Stader sur l'arc en ciel que lui déploie Ferenc Fricsay : elle l'avait déjà précédemment gravé avec le même maestro hongrois quelques années plus tôt, et les admirateurs de la soprano suisse pourront se demander éternellement laquelle de ces versions est la plus merveilleuse des deux.
Nous vous laissons le soin de trancher ce bien doux dilemme.