Olivier Messiaen (1908-1992) écrivit très peu de musique de chambre. Sa plus célèbre contribution, devenue un grand classique du répertoire contemporain, est une oeuvre de circonstances, indiciblement sombres au demeurant, puisque ce "Quatuor pour la fin du temps" fut conçu et créé dans la captivité d'un stalag silésien.
Cet album réédite une interprétation captée en novembre 1990 à Paris, en présence du compositeur.
Spécialiste incontestée des oeuvres de son époux, le clavier d'Yvonne Loriod accompagne deux archets du Cherubini Quartett (Christoph Poppen et Manuel Fischer-Dieskau) et la clarinette de Wolfgang Meyer.
L'évidente concentration des quatre musiciens trouve toujours le ton juste et manifeste une constante précision élocutoire : la « danse de la fureur » en devient fascinante par le graphisme de ses jeux de timbres à l'octave. « L'abyme des oiseaux » soufflé par Meyer atteint une apaisante sérénité.
Comparée à l'ancienne version de référence gravée par l'équipe Beroff/Peyer/Gruenberg/Pleeth (EMI), qui dramatisait selon moi le pouvoir descriptif de ces huit scènes d'apocalypse, la cohérence stylistique et la pureté instrumentale de la présente approche ne sont sans doute pas étrangères à la tradition d'une certaine élégance de la musique française du XIX° Siècle.
Partition de jeunesse (1932), le "Thème et variations" pour violon et piano reçoit lui aussi une interprétation que l'on dirait fertilisée par le souvenir de ces mannes fauréennes et franckistes.